Les Reugnes

LES REUGNES

Tradition remontant au moyen âge, les Reugnes sont maintenant des occasions de réjouissance dans certains villages de la Bresse Bourguignonne.

Jusque vers les années 1955/1960, le premier dimanche de Carême, on pouvait encore voir dans les champs du côté de Montpont-en-Bresse, la Chapelle-Naude et Sornay, des feux allumés à la tombée de la nuit.

A la fin de l’hiver, les paysans embrasaient les ronces et les rognures d’arbustes provenant de la remise en état des buissons au cours de l’hiver et qu’ils appelaient les « essarpés ». Ils les rassemblaient en un grand tas qui pouvait atteindre 2 ou 3 mètres de haut et 10 mètres de diamètre. Ces buchers étaient appelés « reugnes ».

On peut penser qu’il y a bien des lustres, le feu et la fumée qui symbolisaient la purification, étaient utilisés à des fins curatives. Les paysans prenaient une branche dont le bout se consumait en produisant beaucoup de fumée, appelée « brandon ». Ils la promenaient le long des troncs des arbres afin de tuer les larves des parasites ou nettoyer l’écorce de champignons porteurs de maladie. Ce procédé ne pouvait réussir qu’un prononçant les incantations suivantes « Reugne – reugne, autant de poummes que de feuilles ».

Plus tard, ces reugnes ont donné lieu à diverses réjouissances. Dans les fermes, où il y avait beaucoup de monde, on en profitait pour faire la fête avec un souper amélioré avec lard, matafans (crêpes) ou gaufres et un coup de noha suivi d’une bonne goutte. Là où il y avait des filles, les gars étaient au rendez-vous. Lorsque le feu avait baissé d’intensité et qu’il n’y avait plus que de la braise, les plus audacieux, filles et garçons, sautaient par-dessus le brasier. Gare au bas de la robe ou du pantalon qui pouvait frotter sur une braise. Et ceux qui pouvaient franchir l’obstacle sans encombre étaient censés se marier dans l’année. Les brandons étaient lancés le plus haut possible en l’air en les faisant tournoyer. Le bout incandescent décrivait alors des arabesques dans la nuit.

Les blagues, à l’occasion des reugnes n’étaient pas rares entre voisins. La plus connue était d’enflammer le bucher la veille dans la nuit. Le lendemain, tous les voisins allaient aux nouvelles et c’était l’occasion de rigoler et de boire la goutte.

Récemment cette tradition a été reprise par des associations ou par des particuliers. Le côté festif a été privilégié et des musiques traditionnelles ont  fait leur apparition pour faire danser des farandoles autour du feu.

Mémoire de Sornay maintient cette coutume depuis de nombreuses années. Un grand brasier est préparé sur la place du village avec les « essarpés » récupérés un peu partout sur la commune, chez les personnes qui entretiennent encore des buissons. A la tombée de la nuit la reugne est allumée devant une nombreuse assistance venue de la commune mais aussi des villages voisins. Des danses traditionnelles sont présentées à ce public par l’association, telles que polka piquée, polka badine ou autres quadrilles. Une grande farandole avec tous les spectateurs, sur une musique de rigodon, entoure le reste du feu.

Puis petit à petit tout le monde retourne à sa maison, avec les belles images que constitue toujours le spectacle du feu, tandis que les membres de l’association et leurs amis, s’attablent dans la salle du foyer rural pour déguster les gaudes, un morceau de lard et les matafans.