Le siècle dernier des chaufourniers, potiers et tuiliers Verdunois

Verdun, automne 2011. La rénovation d’une maison au Port-Lapierre nécessite les allées et venues de camions de matériaux. Le poids des véhicules et de fortes pluies font apparaître un trou d’une dizaine de centimètres dans le revêtement caillouteux de la cour de la propriété. Intrigués, les personnels glissent une barre à mine. Quelle n’est pas leur surprise en constatant sa profondeur ! Le lendemain, les ouvriers agrandissent l’ouverture pour y pénétrer. Ils découvrent, juste sous le sol, un souterrain d’environ 9 m de long, large de 1 à 3 m, revêtu de murs et de voûtes en briques crues reposant sur des soubassements en pierre. Les photographies transmises au GEHV concluent à la présence d’un ancien four à chaux du XIXe siècle.

Cette découverte fortuite nous fait revenir sur le dernier siècle d’activité des chaufourniers et tuiliers verdunois avant leur disparition définitive en 1914.

Un décret impérial du 15 octobre 1810, complété par l’ordonnance royale du 14 janvier 1815, classe les tuileries, les fours à chaux et les poteries parmi les établissements à odeurs insalubres. Ces textes, qui négligent toute notion de distance par rapport à l’habitat, imposent la tenue d’une enquête publique où chacun peut consigner son appréciation. Après avoir recueilli l’avis du maire, le préfet demeure seul juge de l’opportunité de la demande.

Outre les documents conservés aux Archives départementales de Saône-et-Loire (recensements, correspondances, etc.), nos sources reposent sur l’Annuaire de Saône-et-Loire, recueil de statistiques coédité par la Préfecture et le Conseil général, paraissant presque tous les ans. Le croisement de ces informations permettra de mieux connaître un artisanat dont les produits ont longtemps obtenu une flatteuse réputation.

1 / Cendres et poteries

Les cendres

Elles se vendent deux fois l’an après la cuisson des briques et des tuiles pour servir à l’agriculture ou la lessive. Bien des Bressans les achètent pour amender leurs terres lourdes1. Même si ce commerce est actif comme le rappelle l’Annuaire à plusieurs reprises, nous ne rencontrons que trois marchands : François Conry en 1841, François Bonnot en 1886 et Jean Vincenot en 1901. Ces ventes constituent sans doute les activités secondaires d’autres commerçants. Ces résidus sont entreposés sur la place « des Cendres », un espace de 45 a 72 ca, entre l’actuelle salle des fêtes et la rue Boiret que la ville amodie depuis 18532. La fin des tuileries met fin à ce négoce.

Les potiers

En 1774, Courtépée évoque le fort « débit » d’une « manufacture de vaisselle de terre »3. L’« usine » n’est plus là cinquante ans après, mais on rencontre des potiers : Louis Martenot et son fils en 1826-1841 (rue du Potier), Louis Bellorgey « pothier » en 1836, François Savigny « marchand de poterie » en 1846. L’Annuaire en relève 2 en 1839 et 1 de 1841 à 1856. L’essor de la ferblanterie pour l’usage de la vaisselle explique peut-être cette disparition.

L’ouverture d’un four rue du Potier au bénéfice de Louis Bellorgey fait l’objet d’une enquête publique le 13 juillet 1834. Les riverains récusent le projet, invoquant des risques d’incendies au cœur d’un quartier populeux.

En 1852, M. Carle, potier à St-Germain-du-Bois, veut installer au Creux Carillon dans la propriété Perrot-Franon une « fabrique de poterie de terre ». L’enquête publique ne pose guère de problèmes dans ce quartier peu urbanisé. Le pétitionnaire renonce malgré l’accord préfectoral.

2 / Les fours à chaux

La fabrication de la chaux

Produit naturel obtenu par la calcination des pierres calcaires, la chaux vive nécessite 5 jours de cuisson continue. Refroidie à l’eau, elle devient chaux « éteinte ». Mélangée à du sable, elle sert de mortier et de badigeon. Elle s’utilise depuis l’Antiquité.

Le four comprend deux ouvertures :

  • l’une à la base, verticale, ceinte de pierres et surmontée de briques réfractaires,  alimente le foyer en braises ;
  • l’autre en hauteur, horizontale, sert à déverser les pierres à calciner sur le foyer.

Le procédé se perfectionne au XVIIIe siècle puisque L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert évoque des fours aux conduits de briques et de pierres occupant une surface d’environ 4 m² pour 8 à 10 m de hauteur.

Le nombre de fours à chaux croît fortement dans le département puisque l’Annuaire en signale 25 en 1826 et 454 en 1865. On n’en compte que 3 dans le canton en 1865 : 1 à Navilly et 2 à Verdun. Le sol argilo-siliceux explique cette faible présence contrairement aux zones calcaires entre Saône, Dheune et Loire.

Le four à chaux du « Pâquier de Saône »

Le 14 octobre 1816, la municipalité reçoit une demande d’installation de four à chaux au « Pâquier de Saône ». Le pétitionnaire, Laurent-Marie Cullaz, est chaufournier à Chagny. Une affaire bien ficelée. Isolé entre la Saône et la digue du Petit-Chauvort, à mi-distance des embouchures de la Dheune et du Petit-Doubs, ce terrain, précise-t-il, « un peu élevé par la nature, n’est d’aucune utilité à la commune, étant très sablonneux sujet aux inondations et nullement propre au pâturage (…) est éloigné de 900 toises4 de la première maison du Petit Chauvort »5. Le pétitionnaire évacue l’inquiétude des riverains. De plus, la Saône facilite le transport des pierres et de la chaux. Ultime argument, « Les habitants dudit Verdun, et ceux des lieux voisins, pourront se procurer de la chaux en toute saison ». La perspective d’apports budgétaires inattendus satisfait la commune. Aussi, l’affaire avance-t-elle promptement. Après accord préfectoral, un bail comportant un loyer annuel de 18 F est signé le 19 février 1817, valable 18 ans. Il concerne une parcelle de « 17a28ca de terre à prendre dans le communal appelé le pâquier de Saône au bout de la grande levée de Chauvort et dans la partie la plus élevée de ce communal, du côté de bise sur le bord de la rivière et le sud la longueur et largeur qui seront déterminées et reconnues par nous nécessaires à la construction du four à chaux et chantier ».

Désireux d’étendre l’affaire paternelle, Frédéric Cullaz veut acquérir ce terrain pour bâtir un four à plâtre. La commune refuse (courriers des 4 janvier 1836 et 8 mai 1837), au motif que la voie d’accès au four sert aussi de chemin de halage.

Le 28 mars 1838, Frédéric Cullaz propose alors un bail de 25 ans avec versement global de 140 F ou d’une rente annuelle de 27 F avec entretien du chemin d’accès. Peine perdue, Frédéric Cullaz n’installera pas de four à plâtre à côté du four à chaux.

Le renouvellement du bail le 1er janvier 1845 se heurte à des arguties juridiques et budgétaires, le conseil municipal voulant adjuger le bail aux enchères. Frédéric Cullaz rappelle que seul son four apporte de la valeur au « pâquier ». La municipalité recule, craignant que le chaufournier ne démonte son installation, « cette usine [étant] tout à fait dans l’intérêt du pa[ys] ». Le bail Cullaz se renouvelle plusieurs fois jusqu’à sa démolition en 1863, moyennant quelques hausses locatives. Ainsi, en dépit des crues, le four fonctionne cinquante ans, toujours détenu par la même famille.

Fig 1 – Le pâquier de la Saône (printemps 2012) où se situait le four Cullaz, la Saône et Chauvort (Allerey) se situent derrière le bouquet d’arbres.

Le four à chaux de la Maison-Blanche

Laurent-Marie Cullaz remporte son pari en s’installant à Verdun. Sans doute se constitue-t-il une solide clientèle verdunoise et bressane. Sa réussite fait des envieux puisqu’en 1827, Jean-Baptiste Perrot-Saintour, propriétaire à Beaune, veut construire un four dans une maison de la Maison-Blanche6. L’enquête publique du 5 mai 1828 comporte des critiques de riverains que balaie aussitôt le maire, voyant-là des ressources supplémentaires (voir résumé en annexe). La commune loue donc à Jean-Baptiste Perrot le terrain des « Fiches », aux abords de la digue du Doubs pour entreposer les pierres et le bois de combustion. Selon les termes du bail, la ville conserve la jouissance de l’herbe et des arbres de la levée, le bon état des digues étant vital.

Jean-Baptiste Perrot n’exploite pas lui-même son four. Les recensements indiquent la présence d’un ou deux chaufourniers qui travaillent vraisemblablement pour lui. Les fours Perrot et Cullaz semblent se concurrencer âprement selon cette délibération relative au bail Cullaz du 10 août 1844 évoquant « une industrie rivale qui pourrait prétexter de la démolition du sieur Culas pour augmenter la valeur de ses produits et rançonner les acheteurs ». Cette installation appartient à la famille Perrot jusqu’aux années 1870.

Les fours à chaux de l’Allée des Soupirs

Le 7 février 1838, les entrepreneurs du pont de Bragny veulent installer deux fours au bout de l’allée des Soupirs (allée du camping), durant la construction de l’ouvrage. Après accord préfectoral, le conseil concède gratuitement les terrains sous réserve que l’emplacement ne gêne ni le service du bac ni la desserte du Grand Pré, afin de rasséréner les riverains. Les fours sont démolis après l’ouverture du pont en 1841.

Le four à chaux du Port-Lapierre

Le 21 janvier 1862, Frédéric Cullaz souhaite transférer son four du pâquier de Saône dans sa propriété du Port-Lapierre, à quelques dizaines de mètre de celui de la famille Perrot. L’enquête publique s’ouvre début février. Deux propriétaires du Port-Lapierre M. Larnoy et la veuve Druet désapprouvent, « les marchandises que l’on dépose sur notre port consistent en bois, foin, etc., craignent l’incendie ». Bien entendu, la veuve Perrot, propriétaire du four concurrent, s’en offusque. Quant à son chaufournier, Jean-Baptiste Gabiot, il use de cet argument plutôt spécieux : « le four à chaux du Sr Cullaz devant être construit près du chemin qui va au port Lapierre, et qu’étant obligé de transporter par ce chemin de la pierre et du charbon, les chevaux employés à ces transports pourraient s’effrayer à la vue du feu de la cheminée ». Le préfet passe outre et autorise l’ouverture du four le 24 février 1862, sous réserve que la bouche du four se situe à l’opposé du chemin.

La troisième génération, désormais représentée par Alexandre, prend alors la relève. Dans les années 1880, l’Annuaire ne cite que le four d’Alexandre Cullaz. Ce dernier diversifie ses activités puisque les recensements et l’Annuaire le mentionnent aussi tuilier (jusqu’en 1901). L’essor ferroviaire et la concurrence industrielle fragilisent sans doute la rentabilité de l’entreprise. Le recensement de 1906 le déclare ouvrier tuilier chez Lalouet puis à la tuilerie mécanique du Chapot (1911). La partie visible du four est vraisemblablement démolie à cette époque pour élargir la cour d’accès à la maison contiguë. Le hasard cumulé de travaux et d’intempéries lors de la rénovation de cette propriété ont permis sa redécouverte à l’automne 2011.

 


3 / L’activité tuilière (1815-1914)

Dès le XIVe siècle, le duc de Bourgogne, coseigneur de Verdun, possède une tuilerie dont les produits s’exportent par la Saône. En 1774, Courtépée relève 12 « belles » tuileries dans sa Description, mais qu’en est-il au XIXe siècle ?

Des hauts et des bas

L’Annuaire mentionne des « produits renommés » notamment en 1808, 1829, 1834, 1839, 1841, 1851 et 18567.

Pourtant, le XIXe siècle débute mal puisque le tiers des tuileries verdunoises périclite durant la dépression des années 1810. Pour enrayer cette hémorragie, un arrêté municipal du 6 mai 1812 exempte les tuiliers des droits d’entrée des bois de cuisson à l’octroi.

La stabilité prévaut des années 1820 à 1848, 7 à 8 établissements, sans revenir toutefois aux 12 que répertorie l’Annuaire en 1808. La technique évolue peu, hormis deux presses mécaniques installées en 1824. 25 bateaux de tuiles partent de Verdun en 1839, selon l’Annuaire, soit 60 % des exportations portuaires. Toujours aux abois, le 28 septembre 1838, la commune veut abolir le privilège de droits d’octroi malgré les protestations de M. Légey-Vincent (au nom de ses confrères ?) au motif que la taxe anéantirait « leurs usines qui emploient quantité d’ouvriers ». Satisfaction est en partie rendue.

Fin 1846, la récession agricole s’étend à toute l’économie. Dès janvier 1847, la municipalité ouvre un atelier de charité. L

a situation devient si critique durant l’hiver 1848 que la navigation, réduite à néant, accule manouvriers et portefaix à la misère et la chute de la demande renvoie aussi les tuiliers dans leurs foyers. La dépression frappe partout comme le rapporte le préfet au Conseil général : « Les tuileries, les fabriques de briques réfractaires, les fours à plâtre et les fours à chaux, qui appartiennent à un grand nombre de localités avaient une bonne activité en 1847. Elle s’est bien ralentie dans le cours de cette année par suite de l’absence d’entreprises pour des constructions diverses »8. Rien d’étonnant que les tuileries se déprécient comme le constate le maire Louis-Alexis Constantin le 27 mai 1851 : « Le prix des loyers a subi une assez forte diminution, il est aujourd’hui pour la tuilerie de M. Royer Jessel et Boulier de 500 F par an. Pour M. Gilardin, il n’y a pas de location, mais on doit l’estimer au même taux. La mienne est louée au sieur Bernard-Virly 1 100 F », n’indiquant plus que 3 tuileries en fonctionnement (6 de moins qu’en 1847). Les deux tuileries Royer-Fessel sont démolies en 1853  (lieudit La Creuse, carrefour rues du Moulin et de Verjux) : indice d’une crise tenace ?

Le relèvement attendu a lieu vers 1854-1855, parallèlement à celui du port. Claude Robert, 48 ans, marchand tuilier rue Chaude, mécanise alors sa production. Expérience dont on perd la trace dès le recensement 1861.

En 1856, l’Annuaire mentionne 8 tuileries, soit le même chiffre qu’avant la crise, et publie ces chiffres intéressants sur la production locale :

  • tuiles plates : 1 170 000 par an à 30 F le mille
  • tuiles creuses : 120 000 par an à 50 F le mille
  • briques pleines : 163 000 par an à 40 F le mille
  • carreaux à six pans : 2 400 000 par an à 24 F le mille
  • faîtières et foyères : 18 000 par an à 300 F le mille.

Vers le déclin des tuileries artisanales verdunoises

Fin 1860, le rapport industriel du préfet relève la « situation normale » des tuileries verdunoises9. Mais le reste de la décennie les bouscule face à l’essor ferroviaire (qui concerne Verdun) et industriel. 2 établissements ferment avant 1869, 2 autres avant 1874. Cette deuxième vague peut être imputée au traumatisme de la défaite de 1870 puisque l’Annuaire en signale de nouveau 7 en 1881. Mais le repli frappe brutalement : 5 en 1884, 4 à partir de 1885.

Après un répit de vingt ans, la fin s’effectue en moins de 10 ans : 2 établissements ferment en 1905, un en 1908, le dernier en 1914. Ces fermetures ne paraissent pas provenir de faillites, mais d’un manque de rentabilité. Un déclin qui prévaut déjà pour les autres établissements du canton selon l’Annuaire10 :

  • Gergy : 2 tuileries de 10 ouvriers chacune jusqu’en 1856, une seule à partir de 1874, fermée en 1914 ;
  • Toutenant : 1839, 1884, aucune autre indication ;
  • St-Loup-de-la-S. : 1865-1884, aucune autre indication ;
  • La Villeneuve : 1839, 1856, 1869, aucune autre indication ;
  • Pontoux : 1839, 1856, aucune autre indication.

Seules demeurent les tuileries mécaniques de Navilly (1873) et de Ciel (1881), symboles du capitalisme industriel, munies de machines à vapeur, de fours perfectionnés et recevant le charbon par chemin de fer ou par le Doubs.

Dès la décennie 1880, la production constante des tuileries mécaniques et les coûts de transports réduits dus au chemin de fer accélèrent le déclin des tuileries traditionnelles. La vente de tuiles à bon marché pousse à la disparition progressive des chaumes, limitant ainsi les incendies dévastateurs11.

Nombre de tuileries Sources
1774 12 Courtépée
1806 12 Cadastre
1826 8 Archives municipales
1829-1836 7 Annuaire, cadastre
1839-1841 8 Annuaire
1851 3 Archives municipales
1856 8 Annuaire
1869 6 Annuaire
1874 4 Annuaire
1881 7 Annuaire
1884 5 Annuaire
1885-1904 4 Annuaire
1906 2 Recensement
1911-1914 1 Recensement, annuaire

Tableau 1 – Évolution du nombre de tuileries.

4 / Les tuileries : établissements et propriétaires

Où se situent les tuileries ?

Le cadastre de 1836 situe 7 tuileries qui fonctionnaient déjà au XVIIIe siècle :

1 / rue Chaude n° 433, Légey-Vincent Claude ;

Les Faubourgs 

2 / N° 583, Bernard-Carré François ;

3 / N° 587, Perrot Claude ;

La Tuilerie

4 / N° 220, Bernard-Carré François ;

La Creuse

5 / Boulier François Joseph à Chalon ;

6 / Royer-Fessel à Verdun ;

7 / La Carotte, Gilardin Alphonse, à Lyon.

Une délibération du 28 septembre 1838 nomme les propriétaires des établissements et permet l’évaluation de leur importance :

  • Fourneau de M. Constantin 6 000 fagots et 43 stères de bois ;
  • Fourneau de la tuilerie du Tartre appartenant à MM. Royer-Fessel et Bouhier 6 000 fagots et 42 stères de bois ;
  • Fourneau de la tuilerie de la rue Chaude appartenant à M. Legey-Vincent 6 000 fagots 42 stères de bois ;
  • Tuilerie Bernard rue des Cordiers 6 000 fagots 42 stères de bois
  • Tuilerie Perrot dit du Tepenny 5 700 fagots 36 st.
  • Tuilerie Bernard-Carré au meix Léglise 5 500 fagots 30 stères ;
  • Tuilerie Gilardin située aux Carrottes (sic) 5 500 fagots 30 stères.
Fig.. 7 . Localisation des fours à chaux et des tuileries verdunoises.

 

L’aspect des tuileries

Ces grandes halles, très ventilées pour hâter le séchage, comprennent en leur centre un four carré, haut de 5 à 10 m qu’un toit protège des intempéries12. Au sous-sol, le four comprend « un ou deux foyers au-dessus desquels étaient empilés les produits à cuire ; cet empilage était un art, car il fallait à la fois qu’il soit suffisamment aéré pour permettre la circulation des gaz et assez stable… pour ne pas s’écrouler »13.

Vendues après leur fermeture, les tuileries sont démolies pour faire place à d’autres bâtiments à usage d’habitation14. Rien n’en subsiste.

Tuileries et microtoponymie

Le souvenir de cet artisanat se conserve dans la micro-toponymie comme le rappelle Claude Joannelle15 :

  • Le Teppenit « évoque plutôt des terres à céramique utilisées pour la fabrication des « tupins» ou « topins », c’est-à-dire des pots en terre » ;
  • La Carotte « équivalent du latin « quadruvium » (le carrefour), ou voie carrelée. Ce nom de lieu rappellerait le souvenir de la voie de Salins. Un chemin longeant la rive gauche de la Saône semble avoir conduit de Chauvort à Verjux : il est jalonné, en aval du pont actuel de Chauvort par les lieux dits « le haut de chezeaux » et « la tête aux chevaux » (bout, fin, extrémité) ».

D’autres, comme Le Tartre (monticule) ou La Creuse (tirage de terre) se définissent aisément. L’ancienne rue du Teppenit reliant l’avenue du Pont National à la rue de Beaune est devenue rue des Tuiliers, tandis que l’impasse voisine qui débouche au carrefour de la gendarmerie s’appelle impasse du Teppenis.

Enfin, le quartier du « Pont National » (avenue du Pont National, chemin de Vallière, Bourgeoisie) figure dans les recensements comme celui des Tuileries et bien des Verdunois usent longtemps de cette expression.

Des propriétaires influents

Les recensements les inscrivent simplement « propriétaires », d’autant plus que leurs établissements proviennent d’héritages. Parmi ces notables, quelques-uns sont notaires (Lalouet, Grozelier), magistrat (Gilardin) ou médecin (Colette). Ils se contentent de percevoir les loyers, la gestion incombant à des régisseurs. Ainsi ce bail du 11 novembre 1839, valable 3 ans, par lequel Alphonse Gilardin loue sa tuilerie de la Carotte à Pierre Manet : 800 F payables à Pâques et à la Saint Martin ou 200 F par cuite16. Le maire Constantin s’en fait aussi l’écho au receveur des contributions indirectes le 27 mai 1851: « Le sieur Bobet exploitait deux tuileries, une à MM. Royer Jessel et Bouthier et une autre à moi. La tuilerie de MM. Royer Jessel et Bouthier est louée au sieur Manet Pierre qui exploitait l’année dernière la tuilerie de M. Gilardin, procureur général à Lyon. La tuilerie de M. Gilardin est exploitée par lui-même. La mienne est exploitée par le sieur Bernard-Virly, cabaretier ». Ces délégations à court terme traduisent l’absence d’innovation qui emportera les tuileries. Enfin, tous ne sont pas Verdunois : François-Joseph Boulier vit à Chalon, Alphonse Gilardin à Lyon où le retiennent ses fonctions de substitut du procureur à la Cour royale d’Appel de Lyon, Antoine Colette est médecin à Mervans.

La position sociale et les emplois ainsi procurés leur apportent un poids incontestable. Plusieurs d’entre eux siègent au conseil municipal dont Louis-Alexis Constantin, maire en 1835-1836, 1843-1852 et 1869-1870. Ce milieu forme un groupe de pression efficace comme le prouve le report de la décision municipale de septembre 1838 sur les droits d’octroi, en obtenant un paiement plus avantageux. En contrepartie de ces avantages, les propriétaires contribuent à l’entretien des voies communales qu’empruntent leurs chars de tuiles :

  • participation de la tuilerie Boulier pour le chemin de Verjux et la « vie de Chalon »17 et celle des deux tuileries Bernard-Midey qui paieront la moitié des frais pour l’entrée du Petit Faubourg (15 mai 1826) ;
  • chemin de Verjux : participeront Bernard-Fresne et Royer exploitant la tuilerie Boulier : 60 F. Et Bernard-Carré pour sa tuilerie du Meix Léglise même chemin : 10 F ; rue des Cordiers : Bernard-Carré y a une autre tuilerie « au faubourg », participation 60 F; les héritiers Midey 30 F; M Perrot au teppenis sur le chemin des cordiers 60 F (7 novembre 1836).

Faute de travail durant la crise qui sévit à partir de 1848, les propriétaires ne trouvent plus de locataires, expliquant la démolition des deux tuileries Constantin et Royer Fessel à La Creuse en 1853. Toutefois, la reprise de 1854 fait espérer des lendemains meilleurs.

Les renseignements deviennent précis pour les 5 établissements la période 1884-1904 : Bernard-Manet, Bernard-Pignollet, Colette (anciennement Bernard-Carré), Cullaz, Lalouet (anciennement Constantin) ; 4 avec la fermeture des tuileries Bernard-Manet en 1885.

Claude-Emiland Bernard se déclare « fabricant de tuiles » en 1886 tandis que son frère Joseph et son neveu François sont « industriels ». Désir de porter ombrage aux tuileries mécaniques de Navilly et de Ciel ? Citons aussi le cas atypique de maître Grozelier, à la tête des établissements Colette en 1885, déclaré « fabricant de tuiles » à partir de 1901.

Les familles Bernard cessent leurs activités en 1905-1906, suivis par la tuilerie Lalouet en 1908 au décès de sa propriétaire.

Seule demeure la tuilerie Grozelier jusqu’à la mobilisation d’août 1914 qui utilisait, selon F. Richard, « un manège à cheval et cuisait des tuiles plates de 15 x 19 cm, des tuiles canal de 38 cm, des pavés 15 x 15, des carreaux 30 x 30 cm, des briques de 3 x 15 x 30 cm et de 6 x 15 cm, 5 x 31 cm dans un four carré de 10 m de haut, à raison de 60 tonnes environ par fournée ; le dernier combustible employé a été le charbon »18. La famille Fouchécourt rachète le terrain après-guerre pour établir une scierie.

5 / Les ouvriers tuiliers : un milieu populaire

La répartition sociologique verdunoise peut s’établir ainsi au XIXe siècle:

  • commerçants : Grande Rue, rue du Pont et Grande Rue de Saint-Jean ;
  • négociants et charpentiers de marine : rues des Cannes, du Pignon ;
  • cultivateurs : Petit-Chauvort ;
  • jardiniers : avenue de la Gare, rue de Verjux ;
  • mariniers : rues de l’Hôtel-de-Ville, du Portail et des Tisserands (rue de l’Egalité), du Port-du-Petit Doubs, Petite Rue de l’Hôpital ;
  • tuiliers : rue Chaude (rue de Beaune).
  • tisserands : rue des Tisserands ;
  • manouvriers : rue des Tisserands, du Portail ; rue Chaude (rue de Beaune), des Cordiers (avenue du Pont National), place du Faubourg ;

Les recensements de 1836 à 1911 indiquent une concentration des tuiliers dans le quartier « populaire » de la rue Chaude et de ses rues adjacentes, proches des tuileries, où les loyers sont moins onéreux qu’au centre-ville, mais si des ménages résident au Faubourg ou route de Verjux. On en retrouve quelques-uns au vieux Verdun, dans la rue populeuse des Tisserands (rue de l’Egalité).

Tous ou presque sont natifs de Verdun. Il n’est pas rare que les épouses soient filles ou sœurs de tuiliers. Souvent recensées « sans profession », certaines sont journalières ou couturières. Les ménages se composent de 3 ou 4 enfants en moyenne et parfois accueillant un (ou plutôt une) aïeul(e). Les enfants choisissent d’autres voies : apprentis ou ouvriers chez des commerçants ou artisans. Ils deviennent vraisemblablement manœuvres aux périodes de forte activité selon le questionnaire de 1826 et notamment cette lettre du maire en mai 1851 : « Parmi ces ouvriers de toutes les tuileries, il y a deux enfants dans les deux premières et trois dans la seconde » (soit 5 sur 21). Les recensements se restreignent à la mention « fils » pour des garçons de 12 ans et plus, alors qu’ils travaillent déjà. De véritables dynasties d’ouvriers tuiliers traversent ainsi tout le siècle19.

« Les tuiliers sont en général des gens pauvres » constate sobrement le questionnaire municipal de 1826 sur les tuileries : « chaque ouvrier a 40 à 50 F par mois pendant 8 mois que dure ordinairement le travail des tuileries, il reçoit cinquante fagots de chauffage pour chaque fournée de briques, le charrieur de terre et des marchandises a 200 F par fournée ». Maigres avantages : du bois pour le chauffage pour un labeur de 8 mois par an. L’Annuaire indique que la journée varie de 0,80 à 2 F en 1829. Quarante ans après, le salaire n’a guère évolué : 2,50 à 3 F. Cette même année 1860, la journée est de 12 heures, augmentée à 14 en octobre, avant de revenir à 12 en novembre20.

Le même questionnaire de 1826 décrit les différents emplois : « Les terres (…) sont transportées aux tuileries par voiture, elles y sont mélangées s’il est besoin (grasse et maigre) elles sont corroyées par des hommes avec les pieds et coupées au cerclot à plusieurs reprises, ensuite conduites sur le banc et mise au moule par un homme, un autre homme et souvent par un enfant de 12 à 15 ans enlève le moule et la brique et la pose sur le sol (…) et rapporte le moule au mouleur en enlevant un autre (…). Quand les briques destinées au carrelage des maisons ou pavés sont mis à seche (sic), elles sont rabattues sur toutes les faces, pour ôter les bavures. Cette opération se fait par un homme assis sur un bac sur lequel il appuie la brique et la tourne en frappant sur toutes ses faces avec une palette ou rabattoire, quand la décication (sic) est parfaite, on met les briques et les tuiles aux fourneaux, chaque fourneau tient environ 4 à 5 milles grosses briques, 72 milles pavés, 15 milles tuiles creuses et un millier de tuiles plates. La cuisson dure ordinairement 12 jours, les premiers jours, le feu est petit ensuite on l’augmente par degré jusqu’à la fin, on laisse refroidir et on défourne (…). Chaque tuilerie occupe 6 ouvriers, un cheval ou deux et un voiturier pour la terre et la livraison des marchandises sur le port ».

L’emploi suit la conjoncture comme le prouvent les creux des années 1810 (une centaine en 1808, 60 en 1829) et de 1848-1854 ou les périodes de croissances (1855-1866). Avant 1848, les 8 tuileries occupent une vingtaine d’ouvriers, plus des manouvriers dont le nombre s’avère impossible à quantifier, même si on peut avancer un total de 60, selon les données chronologiques voisines (60 en 1826 pour 8 tuileries, 60 pour 6 établissements en 1869), moitié moins qu’aux dernières décennies du XVIIIe siècle, indice d’un déclin. Dans sa lettre du 27 mai 1851 au receveur des contributions indirectes, le maire précise que « Les ouvriers occupés dans chaque tuilerie sont 6 pour celle de M. Royer Fessel. Dans celle de M. Gilardin, de 5 ouvriers, dans celle exploitée par Bernard Virly de 10. ». Le recensement de 1851 atteste du marasme : seulement 7 tuiliers, tous « compagnons » (sic) qui vivent chez un manouvrier du Faubourg et l’on constate que la plupart des tuiliers sont devenus « manouviers ».

Nombre d’ouvriers Nombre de tuileries
1774 150 (Courtépée) 12
1808 Environ 100 12
1826 64 8
1851 21 3
1860-1869 Environ 60 6
1874 ? 4
1881 40 7
1884 ? 5
1885 30 4
1889-1895 40 4
1896 28 4
1897 25 4
1904 20 4
1906 12 2
1911 8 1

Tableau 2 – Les ouvriers des tuileries.

 

La fermeture progressive des tuileries artisanales permet de tirer ces quelques constats :

  • reconversion vers d’autres métiers ;
  • émigration : Verdun perd 600 habitants, soit 30 % de sa population entre les recensements de 1876 (1 957 h) et de 1906 (1 358 h). Quelques tuiliers ou leurs enfants travaillent en banlieue parisienne (notamment la famille Leroy) ;
  • embauches à la tuilerie industrielle du Chapot, distante de 4 km. Les recensements de 1901, 1906 et 1911 le prouvent. 3 ouvriers en 1901 et 1906, 12 en 1911, auparavant employés à la tuilerie Lalouet, fermée en 1908. L’essor de la bicyclette facilite sans doute ces plus longs déplacements à l’usine.

Conclusion

La décision préfectorale préalable à l’ouverture des établissements à odeurs insalubres permet aux pouvoirs publics de s’intéresser de plus près aux fours à chaux et aux tuileries. Les Annuaires et les recensements et les différents questionnaires établis à partir de la Monarchie de Juillet concourent aussi à mieux appréhender cet artisanat traditionnel. Pourtant, les retours d’information à la préfecture restent laborieux : ainsi, en 1844, les Ponts et Chaussées reconnaissent n’avoir « absolument aucun rapport avec les exploitants ou fabricants. Quant aux fours à chaux, peu importants, leur existence n’est connue que de MM. les maires ; eux seul peuvent adresser des documents. Les petits établissements sont très nombreux, et en conséquence, leurs produits forment une fraction notable de la production totale de ce département »21. Cet exemple montre la prise de conscience du poids de l’artisanat rural par les pouvoirs publics qui cherchent à mieux le contrôler en des temps où la stabilité politique demeure fragile. Bien entendu, personne n’envisage des interventions économiques ou sociales.

Ce tour d’horizon, malgré des zones d’ombre, témoigne de l’archaïsme structurel d’un artisanat. Cette incapacité à relever le défi de l’industrialisation amplifie l’inquiétant déclin économique qui frappe Verdun à la fin du XIXe siècle.

Enfin, nous adressons nos plus vifs remerciements aux « re-découvreurs » de ce site archéologique « pré industriel » : sans eux, nous n’en aurions pas eu connaissance et leur collaboration exemplaire est à l’origine de cette étude. Un exemple à méditer et à suivre.

Laurent GOURILLON (Trois Rivières n°79/2012)

Sources

Recensements 1836-1911, Cadastre 1836,  délibérations, archives municipales, annuaires de Saône-et-Loire (1808-1914),  archives notariales série 3E (ADSL), M 3130, M 2054, 2057, 2058.

Bibliographie :

  • Carlot Maurice, Les tuiliers verdunois, Trois Rivières n°26/1985.
  • Gabin Bernard et Monique, Guillot Antonin, Farion Jacqueline, Joannelle Anne, Les tuiliers du Verdunois, Trois Rivières n°36/1990.
  • Gourillon Laurent, Verdun-sur-le-Doubs, des origines à nos jours, tome t 2, Trois Rivières n° 70/2008.
  • Gourillon Laurent, Le trafic fluvial du Doubs inférieur in Quelques aperçus de la balle vallée du Doubs, Trois Rivières n° 78/2012.
  • Joannelle Claude, La toponymie du Verdunois, Trois Rivières n° 10/1977.
  • Richard François, Tuileries et briqueteries en Saône-et-Loire, Annales de Bourgogne, tome LXII, fascicule I, janvier-mars 1990.

Annexe 1 :

FOUR À CHAUX À LA MAISON BLANCHE

Résumé de la délibération du 25 novembre 1827 par Elisabeth DUCROT

En exécution de l’arrêté préfectoral du 4 octobre 1827, il est procédé à une enquête de commodo incommodo sur le projet de M. Perrot Saintour, propriétaire à Beaune, de construire un four à chaux permanent dans la cour de la maison dite « la Maison Blanche », terrain communal qu’il loue à la ville de Verdun.

Les récriminations et observations des habitants du voisinage sont minutieusement étudiées:

1- François Violot tixier de toile qui possède une terre au lieu-dit Les Sablons, qui donne de bise sur la route de Verdun à Chalon, à peu près en face de cette cour, craint que par vents de nord-ouest les odeurs dégagées par ces fourneaux ne viennent gâter les graines qui seraient ensemencées dans son champ. Il ne s’oppose pas à la construction de ce fourneau, mais veut seulement obtenir des indemnités en proportion des dommages subis, le cas échéant.

2- Le sieur Pierre Coulon, terrassier, possède une maison en bois et torchis dans ce climat de la Maison Blanche ou Creux Carillon, c’est là qu’il réside et comme la cour où Perrot veut construire n’est séparée de sa maison que par un petit chemin de 6 mètres de large, il craint fort que par vent du nord les fumées n’entrent directement chez lui et l’incommodent ou que le toit étant en chaume, cela ne provoque un incendie: cette proximité d’un four à chaux ferait perdre sa valeur à sa propriété. Il s’oppose à la construction.

3- François Merle demeurant aux Bordes et propriétaire aux Sablons d’une pièce de terre située en face de la cour du sieur Perrot, séparée d’elle seulement par la route de Verdun à Ciel, craint que les fumées dégagées par le fourneau ne détruisent les graines lorsqu’elles sont en fleurs et ne donnent une mauvaise odeur aux récoltes. Il s’oppose à la construction.

4- Denis Chevigny demeurant aux Montots à Ciel, propriétaire d’une terre située au clos de la Tuilerie Pagnier à la Maison Blanche et joignant directement la cour du sieur Perrot, craint que les fumées n’altèrent les récoltes par vents du midi et s’oppose à la construction.

Cinq autres propriétaires de terres situées soit aux Sablons, soit au Creux Carillon ou au Port La Pierre font les mêmes protestations et demandent au préfet de refuser l’autorisation de construction de ce four à chaux. Ce four serait trop près des habitations ou terres cultivées et risquerait de nuire aux cultures.

Le 5 mai 1828, le maire donne pourtant un avis favorable à la construction de ce four à chaux, traitant les craintes des opposants de chimériques, les fumées ne peuvent pas avoir cette incidence sur les graines et les terres; au contraire l’établissement d’une usine dans ce lieu éloigné de toute habitation serait très bénéfique pour Verdun et les communes voisines, donnant aux habitants une grande facilité pour se procurer de la chaux; tout ce qui peut aider au commerce et à l’industrie doit être soutenu lorsqu’il n’y a aucune retombée néfaste.

Annexe 2 :

Les employés des tuileries

(sources : recensements de 1901, 1906 et 1911)

Tuilerie Lalouet (fermée en 1908)

1901 1906
Voillot François 57 ans tâcheron Voillot François 62 ans contremaître
Barbey Pierre 54 ans Barbey Pierre 60 ans
Lafond Etienne 56 ans Lafond Etienne 62 ans
Rey François 65 ans tuilier Ny Jean, né à Damerey 31 ans
Brianti François 43 ans Revirard Justin 39 ans
Diard François 45 ans
Jeannin François 33 ans Bouquin Charles 49 ans
Augey Antoine 38 ans
Forgemont Pierre 22 ans tuilier Cullaz Alexandre 57 ans ouvrier

Tuilerie Grozelier (fermée en 1914)

1901 1906 1911
  Farastier Denis 62 ans (contremaître) Farastier Denis 67 ans
Badet Pierre Louis 30 ans Badet Pierre Louis 36 ans Badet François 41 ans
Leroy Pierre 48 ans Leroy Pierre 53 ans Leroy Pierre 59 ans
Sexe Pierre 40 ans Sexe Pierre 45 ans Sexe Pierre 50 ans
Jeannin Pierre 48 ans tuilier Jeannin Pierre 53 ans tuilier Jeannin Pierre 59 ans
Midey Philibert 31 ans Jeannin Jules 16 ans Jeannin François 44 ans
Midey Louis 32 ans Curtheley Emile 15 ans
Gauthier Bernard 12 ans Curtheley Marcel 20 ans

Notes

  • 1 J.-B. Guerret cultivateur à La Chapelle-Saint-Sauveur, mentionne l’achat de cendres dans ses livres de comptes entre les décennies 1830 et 1860 (R. Michelin, Les Larmes d’Or, Maisonneuve et Larose, Langres, 2002).

  • 2 Espace compris entre la salle des fêtes, la laiterie et l’avenue Giscard d’Estaing. Arpentage fait en 1852 par l’agent voyer. Les dépôts de cendres occupent 11 ares.

  • 3 Courtépée, Béguillet, Description générale et particulière du Duché de Bourgogne, rééd. Arts et littérature SARL, Lons-le-Saunier, 2001.

  • 4 1 toise = 1,94 m ; 900 toises = 1 746 m.

  • 5 Archives municipales F2 (a), lettres des 14 octobre 1816, 16 novembre 1816 et bail du 19 février 1817.

  • 6 Actuellement propriété Rossignol-Tusseau.

  • 7« Il y a des fabriques de thuiles qui sont très recherchées et qui s’exportent pour Mâcon, Lyon et sur les villes de la Saône. Cette thuile est blanche, bien sonore, bien compacte et peu sujette à se briser ou à se réduire en poussière par la gelée » (1808) ; « Les tuileries de Verdun sont les premières de ce genre en Bourgogne » (1834).

  • 8 Rapport du Préfet au Conseil général, avril 1849.

  • 9 ADSL M3130.

  • 10 Des ouvertures de tuileries sont déposées à Verjux par M. Jeunon-Quanet le 1er juillet 1858 (4K281) et à Sermesse par Pierre Gay le 15 octobre 1862 (M3130) : projets sans véritables lendemains.

  • 11 Voir A. Guillot, Un siècle d’incendies dramatiques en Verdunois in Regards sur le 19e siècle, Trois Rivières n° 60/2003, pp. 28-40. Une douzaine d’incendies ravagent le canton au XIXe siècle. En 1866, 53,4 % des toits sont en chaume (hors Verdun et Allerey) ; les rares compagnies de sapeurs-pompiers restent souvent impuissantes devant l’ampleur des sinistres.

  • 12 Estimation de la tuilerie Bernard : 11 000 F, marchandises (parements, tuiles, carreaux) 10 000 F (acte du 26 octobre 1843, Me Gauriot, ADSL 3E209).

  • 13 F. Richard, Tuileries et briqueteries en Saône-et-Loire, Annales de Bourgogne, 1990.

  • 14 Des démolitions : La Creuse (1853), Gilardin, La Carotte (1891), Vincent-Legey (1915).

  • 15 Claude Joannelle, La toponymie du Verdunois.

  • 16 ADSL 3E20936, n° 6000 Me Gauriot, 26 octobre 1839.

  • 17 Ancien chemin qui devait relier Verdun à Saint-Maurice-en-Rivière.

  • 18 F. Richard, Tuileries et briqueteries, op. cit.

  • 19 Ce sont, entre autres, les familles Bernard, Boillot, Boulot, Bouquin, Diard, Durand, Farastier, Jeannin, Léglise, Leroy, Manet, Midey, Philippe, Rey, etc.

  • 20 ADSL M3130 statistiques industries.

  • 21 ADSL M3130, statistiques entreprises minéralogiques, lettre de l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées au préfet, 5 décembre 1844.