Gergy, les mutations d’un village depuis 1945

Un dépôt photographique sur la vie économique, scolaire et associative de Gergy des années 1960 à 1990 est à l’origine de cette étude. En effet, la richesse de ce fonds a permis d’illustrer le fait majeur de l’histoire de la commune depuis l’après-guerre : le bouleversement démographique qui a conduit au doublement de la population avec ses innombrables conséquences.

En deux ou trois décennies seulement, Gergy, bourg rural typique du Val de Saône devient une commune périurbaine de l’agglomération chalonnaise qui dispose de la proximité de la ville et des avantages de la nature, favorables au tourisme et aux loisirs de plein air.

L’agriculture et la forêt restent présentes, même si leur déclin est sensible tandis que le commerce subit durement le poids de la ville-centre. Quant à la spécialité locale, la gravure industrielle, elle a réussi à se restructurer pour survivre dans une économie désormais mondialisée.

Inédite, cette étude qui a nécessité de longues et patientes recherches, retrace pas à pas, les étapes de ce basculement.

Lionel Canac

 

Table des matières

Préface

Gergy : libéré !

La démographie : vecteur de développement

Un équilibrage délicat entre démographie communale et affaires scolaires

  1. Scolariser les enfants du baby-boom
  2. Une école bien équipée
  3. Vers le cours complémentaire
  4. Relever le défi démographique
  5. La stagnation
  6. Les pratiques pédagogiques
  7. Des services périscolaires
    1. La cantine
    2. La garde périscolaire
  8. Un sujet de discorde avec Verdun : le nouveau collège

Économie

  1. Agriculture
    1. Des fermes autonomes de petites tailles
    2. Faire face à la pénurie de main d’œuvre
    3. Vers des exploitations agricoles pleinement intégrées au circuit économique
    4. Le remembrement
    5. Des fermes de plus en plus importantes
  2. Une activité intemporelle : la gravure industrielle
    1. Une nouvelle phase de modernisation : le pantographe
    2. Vers la gravure moderne
  3. Le Centre de ravitaillement en essence
  4. Propétrol
  5. Commerce et artisanat
    1. La concurrence de la grande distribution
    2. Soutenir le commerce : une préoccupation municipale
    3. Les zones artisanales comme moyen de développement
    4. Le commerce à partir des années 1990
    5. Un supermarché à Gergy ?

Environnement / cadre de vie

  1. Santé
    1. L’après-guerre
    2. La société de secours mutuels
    3. Un progrès sanitaire
    4. La vieillesse
  2. Assainissement – hygiène publique
    1. La fin des décharges sauvages
    2. Les Moutrots : entre réserve naturelle et dépotoir
    3. L’adduction d’eau
    4. L’assainissement
  3. Les voies de communications
    1. Le pont de Gergy – Verjux
    2. La déviation du C.D. 5
  4. Modification du paysage bâti
    1. Le plan d’occupation des sols : préalable à l’urbanisation
    2. Le lotissement du Beauchet : le début de la rurbanisation
    3. Une seconde vague d’urbanisation à Raconnay
    4. La rénovation de l’habitat ancien
    5. Reprise de l’urbanisation au bourg

7 Vie municipale

  1. Une municipalité socialiste depuis 1953
    1. L’après-guerre
    2. L’ère Paul Chateau (1953-1983)
    3. La mandature d’André Questat (1983 – 1998)
    4. La mandature de Daniel Galland (1998 -2014)
    5. Le mandat de Philippe Fournier (2014 – 2020 )
  2. La coopération intercommunale
    1. Une relation complexe avec Verdun
    2. Une tentative infructueuse de regroupement au Nord-Est Chalonnais
    3. Gergy rejoint l’agglomération chalonnaise

Loisirs et associations

  1. Des associations anciennes
    1. La fanfare
      1. Les années 1960-70
      2. La relève par la formation musicale
      3. La fanfare dans le XXIe siècle
    2. L’Espérance
      1. La diversification sportive : clé du succès
  2. La fête au village
    1. Des distractions nombreuses mais peu coordonnées
    2. Le comité des fêtes
    3. L’esprit villageois : la fête inter-sociétés
    4. Des événements festifs exceptionnels
  3. Activités culturelles
    1. Un fleuron local : le foyer rural
    2. Le cinéma rural
    3. La bibliothèque
  4. Sport
    1. Le club de football
      1. La création du F.L.L. Gergy Verjux
      2. Les années 1970 : le développement du club
      3. Des installations performantes
    2. La pétanque
    3. Tennis Club
    4. Chasse – Pêche
  5. Tourisme
    1. Camping
    2. Chemin pédestres et pistes cyclables
  6. Patrimoine
    1. L’église
    2. Un patrimoine archéologique méconnu
      1. Découvertes fortuites
      2. Les fouilles
        1. La mare du Roy
        2. Les Partuisots/ La prime
        3. Le Grand Champeaux
        4. Les Buttes (Raconnay)
        5. Le Champ des Noyers

9 Conclusion

10 Annexe 1 : Élus depuis 1945

11 Sources et bibliographie

 

 

 

 

 

Le siècle dernier des chaufourniers, potiers et tuiliers Verdunois

Verdun, automne 2011. La rénovation d’une maison au Port-Lapierre nécessite les allées et venues de camions de matériaux. Le poids des véhicules et de fortes pluies font apparaître un trou d’une dizaine de centimètres dans le revêtement caillouteux de la cour de la propriété. Intrigués, les personnels glissent une barre à mine. Quelle n’est pas leur surprise en constatant sa profondeur ! Le lendemain, les ouvriers agrandissent l’ouverture pour y pénétrer. Ils découvrent, juste sous le sol, un souterrain d’environ 9 m de long, large de 1 à 3 m, revêtu de murs et de voûtes en briques crues reposant sur des soubassements en pierre. Les photographies transmises au GEHV concluent à la présence d’un ancien four à chaux du XIXe siècle.

Cette découverte fortuite nous fait revenir sur le dernier siècle d’activité des chaufourniers et tuiliers verdunois avant leur disparition définitive en 1914.

Un décret impérial du 15 octobre 1810, complété par l’ordonnance royale du 14 janvier 1815, classe les tuileries, les fours à chaux et les poteries parmi les établissements à odeurs insalubres. Ces textes, qui négligent toute notion de distance par rapport à l’habitat, imposent la tenue d’une enquête publique où chacun peut consigner son appréciation. Après avoir recueilli l’avis du maire, le préfet demeure seul juge de l’opportunité de la demande.

Outre les documents conservés aux Archives départementales de Saône-et-Loire (recensements, correspondances, etc.), nos sources reposent sur l’Annuaire de Saône-et-Loire, recueil de statistiques coédité par la Préfecture et le Conseil général, paraissant presque tous les ans. Le croisement de ces informations permettra de mieux connaître un artisanat dont les produits ont longtemps obtenu une flatteuse réputation.

1 / Cendres et poteries

Les cendres

Elles se vendent deux fois l’an après la cuisson des briques et des tuiles pour servir à l’agriculture ou la lessive. Bien des Bressans les achètent pour amender leurs terres lourdes1. Même si ce commerce est actif comme le rappelle l’Annuaire à plusieurs reprises, nous ne rencontrons que trois marchands : François Conry en 1841, François Bonnot en 1886 et Jean Vincenot en 1901. Ces ventes constituent sans doute les activités secondaires d’autres commerçants. Ces résidus sont entreposés sur la place « des Cendres », un espace de 45 a 72 ca, entre l’actuelle salle des fêtes et la rue Boiret que la ville amodie depuis 18532. La fin des tuileries met fin à ce négoce.

Les potiers

En 1774, Courtépée évoque le fort « débit » d’une « manufacture de vaisselle de terre »3. L’« usine » n’est plus là cinquante ans après, mais on rencontre des potiers : Louis Martenot et son fils en 1826-1841 (rue du Potier), Louis Bellorgey « pothier » en 1836, François Savigny « marchand de poterie » en 1846. L’Annuaire en relève 2 en 1839 et 1 de 1841 à 1856. L’essor de la ferblanterie pour l’usage de la vaisselle explique peut-être cette disparition.

L’ouverture d’un four rue du Potier au bénéfice de Louis Bellorgey fait l’objet d’une enquête publique le 13 juillet 1834. Les riverains récusent le projet, invoquant des risques d’incendies au cœur d’un quartier populeux.

En 1852, M. Carle, potier à St-Germain-du-Bois, veut installer au Creux Carillon dans la propriété Perrot-Franon une « fabrique de poterie de terre ». L’enquête publique ne pose guère de problèmes dans ce quartier peu urbanisé. Le pétitionnaire renonce malgré l’accord préfectoral.

2 / Les fours à chaux

La fabrication de la chaux

Produit naturel obtenu par la calcination des pierres calcaires, la chaux vive nécessite 5 jours de cuisson continue. Refroidie à l’eau, elle devient chaux « éteinte ». Mélangée à du sable, elle sert de mortier et de badigeon. Elle s’utilise depuis l’Antiquité.

Le four comprend deux ouvertures :

  • l’une à la base, verticale, ceinte de pierres et surmontée de briques réfractaires,  alimente le foyer en braises ;
  • l’autre en hauteur, horizontale, sert à déverser les pierres à calciner sur le foyer.

Le procédé se perfectionne au XVIIIe siècle puisque L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert évoque des fours aux conduits de briques et de pierres occupant une surface d’environ 4 m² pour 8 à 10 m de hauteur.

Le nombre de fours à chaux croît fortement dans le département puisque l’Annuaire en signale 25 en 1826 et 454 en 1865. On n’en compte que 3 dans le canton en 1865 : 1 à Navilly et 2 à Verdun. Le sol argilo-siliceux explique cette faible présence contrairement aux zones calcaires entre Saône, Dheune et Loire.

Le four à chaux du « Pâquier de Saône »

Le 14 octobre 1816, la municipalité reçoit une demande d’installation de four à chaux au « Pâquier de Saône ». Le pétitionnaire, Laurent-Marie Cullaz, est chaufournier à Chagny. Une affaire bien ficelée. Isolé entre la Saône et la digue du Petit-Chauvort, à mi-distance des embouchures de la Dheune et du Petit-Doubs, ce terrain, précise-t-il, « un peu élevé par la nature, n’est d’aucune utilité à la commune, étant très sablonneux sujet aux inondations et nullement propre au pâturage (…) est éloigné de 900 toises4 de la première maison du Petit Chauvort »5. Le pétitionnaire évacue l’inquiétude des riverains. De plus, la Saône facilite le transport des pierres et de la chaux. Ultime argument, « Les habitants dudit Verdun, et ceux des lieux voisins, pourront se procurer de la chaux en toute saison ». La perspective d’apports budgétaires inattendus satisfait la commune. Aussi, l’affaire avance-t-elle promptement. Après accord préfectoral, un bail comportant un loyer annuel de 18 F est signé le 19 février 1817, valable 18 ans. Il concerne une parcelle de « 17a28ca de terre à prendre dans le communal appelé le pâquier de Saône au bout de la grande levée de Chauvort et dans la partie la plus élevée de ce communal, du côté de bise sur le bord de la rivière et le sud la longueur et largeur qui seront déterminées et reconnues par nous nécessaires à la construction du four à chaux et chantier ».

Désireux d’étendre l’affaire paternelle, Frédéric Cullaz veut acquérir ce terrain pour bâtir un four à plâtre. La commune refuse (courriers des 4 janvier 1836 et 8 mai 1837), au motif que la voie d’accès au four sert aussi de chemin de halage.

Le 28 mars 1838, Frédéric Cullaz propose alors un bail de 25 ans avec versement global de 140 F ou d’une rente annuelle de 27 F avec entretien du chemin d’accès. Peine perdue, Frédéric Cullaz n’installera pas de four à plâtre à côté du four à chaux.

Le renouvellement du bail le 1er janvier 1845 se heurte à des arguties juridiques et budgétaires, le conseil municipal voulant adjuger le bail aux enchères. Frédéric Cullaz rappelle que seul son four apporte de la valeur au « pâquier ». La municipalité recule, craignant que le chaufournier ne démonte son installation, « cette usine [étant] tout à fait dans l’intérêt du pa[ys] ». Le bail Cullaz se renouvelle plusieurs fois jusqu’à sa démolition en 1863, moyennant quelques hausses locatives. Ainsi, en dépit des crues, le four fonctionne cinquante ans, toujours détenu par la même famille.

Fig 1 – Le pâquier de la Saône (printemps 2012) où se situait le four Cullaz, la Saône et Chauvort (Allerey) se situent derrière le bouquet d’arbres.

Le four à chaux de la Maison-Blanche

Laurent-Marie Cullaz remporte son pari en s’installant à Verdun. Sans doute se constitue-t-il une solide clientèle verdunoise et bressane. Sa réussite fait des envieux puisqu’en 1827, Jean-Baptiste Perrot-Saintour, propriétaire à Beaune, veut construire un four dans une maison de la Maison-Blanche6. L’enquête publique du 5 mai 1828 comporte des critiques de riverains que balaie aussitôt le maire, voyant-là des ressources supplémentaires (voir résumé en annexe). La commune loue donc à Jean-Baptiste Perrot le terrain des « Fiches », aux abords de la digue du Doubs pour entreposer les pierres et le bois de combustion. Selon les termes du bail, la ville conserve la jouissance de l’herbe et des arbres de la levée, le bon état des digues étant vital.

Jean-Baptiste Perrot n’exploite pas lui-même son four. Les recensements indiquent la présence d’un ou deux chaufourniers qui travaillent vraisemblablement pour lui. Les fours Perrot et Cullaz semblent se concurrencer âprement selon cette délibération relative au bail Cullaz du 10 août 1844 évoquant « une industrie rivale qui pourrait prétexter de la démolition du sieur Culas pour augmenter la valeur de ses produits et rançonner les acheteurs ». Cette installation appartient à la famille Perrot jusqu’aux années 1870.

Les fours à chaux de l’Allée des Soupirs

Le 7 février 1838, les entrepreneurs du pont de Bragny veulent installer deux fours au bout de l’allée des Soupirs (allée du camping), durant la construction de l’ouvrage. Après accord préfectoral, le conseil concède gratuitement les terrains sous réserve que l’emplacement ne gêne ni le service du bac ni la desserte du Grand Pré, afin de rasséréner les riverains. Les fours sont démolis après l’ouverture du pont en 1841.

Le four à chaux du Port-Lapierre

Le 21 janvier 1862, Frédéric Cullaz souhaite transférer son four du pâquier de Saône dans sa propriété du Port-Lapierre, à quelques dizaines de mètre de celui de la famille Perrot. L’enquête publique s’ouvre début février. Deux propriétaires du Port-Lapierre M. Larnoy et la veuve Druet désapprouvent, « les marchandises que l’on dépose sur notre port consistent en bois, foin, etc., craignent l’incendie ». Bien entendu, la veuve Perrot, propriétaire du four concurrent, s’en offusque. Quant à son chaufournier, Jean-Baptiste Gabiot, il use de cet argument plutôt spécieux : « le four à chaux du Sr Cullaz devant être construit près du chemin qui va au port Lapierre, et qu’étant obligé de transporter par ce chemin de la pierre et du charbon, les chevaux employés à ces transports pourraient s’effrayer à la vue du feu de la cheminée ». Le préfet passe outre et autorise l’ouverture du four le 24 février 1862, sous réserve que la bouche du four se situe à l’opposé du chemin.

La troisième génération, désormais représentée par Alexandre, prend alors la relève. Dans les années 1880, l’Annuaire ne cite que le four d’Alexandre Cullaz. Ce dernier diversifie ses activités puisque les recensements et l’Annuaire le mentionnent aussi tuilier (jusqu’en 1901). L’essor ferroviaire et la concurrence industrielle fragilisent sans doute la rentabilité de l’entreprise. Le recensement de 1906 le déclare ouvrier tuilier chez Lalouet puis à la tuilerie mécanique du Chapot (1911). La partie visible du four est vraisemblablement démolie à cette époque pour élargir la cour d’accès à la maison contiguë. Le hasard cumulé de travaux et d’intempéries lors de la rénovation de cette propriété ont permis sa redécouverte à l’automne 2011.

 


3 / L’activité tuilière (1815-1914)

Dès le XIVe siècle, le duc de Bourgogne, coseigneur de Verdun, possède une tuilerie dont les produits s’exportent par la Saône. En 1774, Courtépée relève 12 « belles » tuileries dans sa Description, mais qu’en est-il au XIXe siècle ?

Des hauts et des bas

L’Annuaire mentionne des « produits renommés » notamment en 1808, 1829, 1834, 1839, 1841, 1851 et 18567.

Pourtant, le XIXe siècle débute mal puisque le tiers des tuileries verdunoises périclite durant la dépression des années 1810. Pour enrayer cette hémorragie, un arrêté municipal du 6 mai 1812 exempte les tuiliers des droits d’entrée des bois de cuisson à l’octroi.

La stabilité prévaut des années 1820 à 1848, 7 à 8 établissements, sans revenir toutefois aux 12 que répertorie l’Annuaire en 1808. La technique évolue peu, hormis deux presses mécaniques installées en 1824. 25 bateaux de tuiles partent de Verdun en 1839, selon l’Annuaire, soit 60 % des exportations portuaires. Toujours aux abois, le 28 septembre 1838, la commune veut abolir le privilège de droits d’octroi malgré les protestations de M. Légey-Vincent (au nom de ses confrères ?) au motif que la taxe anéantirait « leurs usines qui emploient quantité d’ouvriers ». Satisfaction est en partie rendue.

Fin 1846, la récession agricole s’étend à toute l’économie. Dès janvier 1847, la municipalité ouvre un atelier de charité. L

a situation devient si critique durant l’hiver 1848 que la navigation, réduite à néant, accule manouvriers et portefaix à la misère et la chute de la demande renvoie aussi les tuiliers dans leurs foyers. La dépression frappe partout comme le rapporte le préfet au Conseil général : « Les tuileries, les fabriques de briques réfractaires, les fours à plâtre et les fours à chaux, qui appartiennent à un grand nombre de localités avaient une bonne activité en 1847. Elle s’est bien ralentie dans le cours de cette année par suite de l’absence d’entreprises pour des constructions diverses »8. Rien d’étonnant que les tuileries se déprécient comme le constate le maire Louis-Alexis Constantin le 27 mai 1851 : « Le prix des loyers a subi une assez forte diminution, il est aujourd’hui pour la tuilerie de M. Royer Jessel et Boulier de 500 F par an. Pour M. Gilardin, il n’y a pas de location, mais on doit l’estimer au même taux. La mienne est louée au sieur Bernard-Virly 1 100 F », n’indiquant plus que 3 tuileries en fonctionnement (6 de moins qu’en 1847). Les deux tuileries Royer-Fessel sont démolies en 1853  (lieudit La Creuse, carrefour rues du Moulin et de Verjux) : indice d’une crise tenace ?

Le relèvement attendu a lieu vers 1854-1855, parallèlement à celui du port. Claude Robert, 48 ans, marchand tuilier rue Chaude, mécanise alors sa production. Expérience dont on perd la trace dès le recensement 1861.

En 1856, l’Annuaire mentionne 8 tuileries, soit le même chiffre qu’avant la crise, et publie ces chiffres intéressants sur la production locale :

  • tuiles plates : 1 170 000 par an à 30 F le mille
  • tuiles creuses : 120 000 par an à 50 F le mille
  • briques pleines : 163 000 par an à 40 F le mille
  • carreaux à six pans : 2 400 000 par an à 24 F le mille
  • faîtières et foyères : 18 000 par an à 300 F le mille.

Vers le déclin des tuileries artisanales verdunoises

Fin 1860, le rapport industriel du préfet relève la « situation normale » des tuileries verdunoises9. Mais le reste de la décennie les bouscule face à l’essor ferroviaire (qui concerne Verdun) et industriel. 2 établissements ferment avant 1869, 2 autres avant 1874. Cette deuxième vague peut être imputée au traumatisme de la défaite de 1870 puisque l’Annuaire en signale de nouveau 7 en 1881. Mais le repli frappe brutalement : 5 en 1884, 4 à partir de 1885.

Après un répit de vingt ans, la fin s’effectue en moins de 10 ans : 2 établissements ferment en 1905, un en 1908, le dernier en 1914. Ces fermetures ne paraissent pas provenir de faillites, mais d’un manque de rentabilité. Un déclin qui prévaut déjà pour les autres établissements du canton selon l’Annuaire10 :

  • Gergy : 2 tuileries de 10 ouvriers chacune jusqu’en 1856, une seule à partir de 1874, fermée en 1914 ;
  • Toutenant : 1839, 1884, aucune autre indication ;
  • St-Loup-de-la-S. : 1865-1884, aucune autre indication ;
  • La Villeneuve : 1839, 1856, 1869, aucune autre indication ;
  • Pontoux : 1839, 1856, aucune autre indication.

Seules demeurent les tuileries mécaniques de Navilly (1873) et de Ciel (1881), symboles du capitalisme industriel, munies de machines à vapeur, de fours perfectionnés et recevant le charbon par chemin de fer ou par le Doubs.

Dès la décennie 1880, la production constante des tuileries mécaniques et les coûts de transports réduits dus au chemin de fer accélèrent le déclin des tuileries traditionnelles. La vente de tuiles à bon marché pousse à la disparition progressive des chaumes, limitant ainsi les incendies dévastateurs11.

Nombre de tuileries Sources
1774 12 Courtépée
1806 12 Cadastre
1826 8 Archives municipales
1829-1836 7 Annuaire, cadastre
1839-1841 8 Annuaire
1851 3 Archives municipales
1856 8 Annuaire
1869 6 Annuaire
1874 4 Annuaire
1881 7 Annuaire
1884 5 Annuaire
1885-1904 4 Annuaire
1906 2 Recensement
1911-1914 1 Recensement, annuaire

Tableau 1 – Évolution du nombre de tuileries.

4 / Les tuileries : établissements et propriétaires

Où se situent les tuileries ?

Le cadastre de 1836 situe 7 tuileries qui fonctionnaient déjà au XVIIIe siècle :

1 / rue Chaude n° 433, Légey-Vincent Claude ;

Les Faubourgs 

2 / N° 583, Bernard-Carré François ;

3 / N° 587, Perrot Claude ;

La Tuilerie

4 / N° 220, Bernard-Carré François ;

La Creuse

5 / Boulier François Joseph à Chalon ;

6 / Royer-Fessel à Verdun ;

7 / La Carotte, Gilardin Alphonse, à Lyon.

Une délibération du 28 septembre 1838 nomme les propriétaires des établissements et permet l’évaluation de leur importance :

  • Fourneau de M. Constantin 6 000 fagots et 43 stères de bois ;
  • Fourneau de la tuilerie du Tartre appartenant à MM. Royer-Fessel et Bouhier 6 000 fagots et 42 stères de bois ;
  • Fourneau de la tuilerie de la rue Chaude appartenant à M. Legey-Vincent 6 000 fagots 42 stères de bois ;
  • Tuilerie Bernard rue des Cordiers 6 000 fagots 42 stères de bois
  • Tuilerie Perrot dit du Tepenny 5 700 fagots 36 st.
  • Tuilerie Bernard-Carré au meix Léglise 5 500 fagots 30 stères ;
  • Tuilerie Gilardin située aux Carrottes (sic) 5 500 fagots 30 stères.
Fig.. 7 . Localisation des fours à chaux et des tuileries verdunoises.

 

L’aspect des tuileries

Ces grandes halles, très ventilées pour hâter le séchage, comprennent en leur centre un four carré, haut de 5 à 10 m qu’un toit protège des intempéries12. Au sous-sol, le four comprend « un ou deux foyers au-dessus desquels étaient empilés les produits à cuire ; cet empilage était un art, car il fallait à la fois qu’il soit suffisamment aéré pour permettre la circulation des gaz et assez stable… pour ne pas s’écrouler »13.

Vendues après leur fermeture, les tuileries sont démolies pour faire place à d’autres bâtiments à usage d’habitation14. Rien n’en subsiste.

Tuileries et microtoponymie

Le souvenir de cet artisanat se conserve dans la micro-toponymie comme le rappelle Claude Joannelle15 :

  • Le Teppenit « évoque plutôt des terres à céramique utilisées pour la fabrication des « tupins» ou « topins », c’est-à-dire des pots en terre » ;
  • La Carotte « équivalent du latin « quadruvium » (le carrefour), ou voie carrelée. Ce nom de lieu rappellerait le souvenir de la voie de Salins. Un chemin longeant la rive gauche de la Saône semble avoir conduit de Chauvort à Verjux : il est jalonné, en aval du pont actuel de Chauvort par les lieux dits « le haut de chezeaux » et « la tête aux chevaux » (bout, fin, extrémité) ».

D’autres, comme Le Tartre (monticule) ou La Creuse (tirage de terre) se définissent aisément. L’ancienne rue du Teppenit reliant l’avenue du Pont National à la rue de Beaune est devenue rue des Tuiliers, tandis que l’impasse voisine qui débouche au carrefour de la gendarmerie s’appelle impasse du Teppenis.

Enfin, le quartier du « Pont National » (avenue du Pont National, chemin de Vallière, Bourgeoisie) figure dans les recensements comme celui des Tuileries et bien des Verdunois usent longtemps de cette expression.

Des propriétaires influents

Les recensements les inscrivent simplement « propriétaires », d’autant plus que leurs établissements proviennent d’héritages. Parmi ces notables, quelques-uns sont notaires (Lalouet, Grozelier), magistrat (Gilardin) ou médecin (Colette). Ils se contentent de percevoir les loyers, la gestion incombant à des régisseurs. Ainsi ce bail du 11 novembre 1839, valable 3 ans, par lequel Alphonse Gilardin loue sa tuilerie de la Carotte à Pierre Manet : 800 F payables à Pâques et à la Saint Martin ou 200 F par cuite16. Le maire Constantin s’en fait aussi l’écho au receveur des contributions indirectes le 27 mai 1851: « Le sieur Bobet exploitait deux tuileries, une à MM. Royer Jessel et Bouthier et une autre à moi. La tuilerie de MM. Royer Jessel et Bouthier est louée au sieur Manet Pierre qui exploitait l’année dernière la tuilerie de M. Gilardin, procureur général à Lyon. La tuilerie de M. Gilardin est exploitée par lui-même. La mienne est exploitée par le sieur Bernard-Virly, cabaretier ». Ces délégations à court terme traduisent l’absence d’innovation qui emportera les tuileries. Enfin, tous ne sont pas Verdunois : François-Joseph Boulier vit à Chalon, Alphonse Gilardin à Lyon où le retiennent ses fonctions de substitut du procureur à la Cour royale d’Appel de Lyon, Antoine Colette est médecin à Mervans.

La position sociale et les emplois ainsi procurés leur apportent un poids incontestable. Plusieurs d’entre eux siègent au conseil municipal dont Louis-Alexis Constantin, maire en 1835-1836, 1843-1852 et 1869-1870. Ce milieu forme un groupe de pression efficace comme le prouve le report de la décision municipale de septembre 1838 sur les droits d’octroi, en obtenant un paiement plus avantageux. En contrepartie de ces avantages, les propriétaires contribuent à l’entretien des voies communales qu’empruntent leurs chars de tuiles :

  • participation de la tuilerie Boulier pour le chemin de Verjux et la « vie de Chalon »17 et celle des deux tuileries Bernard-Midey qui paieront la moitié des frais pour l’entrée du Petit Faubourg (15 mai 1826) ;
  • chemin de Verjux : participeront Bernard-Fresne et Royer exploitant la tuilerie Boulier : 60 F. Et Bernard-Carré pour sa tuilerie du Meix Léglise même chemin : 10 F ; rue des Cordiers : Bernard-Carré y a une autre tuilerie « au faubourg », participation 60 F; les héritiers Midey 30 F; M Perrot au teppenis sur le chemin des cordiers 60 F (7 novembre 1836).

Faute de travail durant la crise qui sévit à partir de 1848, les propriétaires ne trouvent plus de locataires, expliquant la démolition des deux tuileries Constantin et Royer Fessel à La Creuse en 1853. Toutefois, la reprise de 1854 fait espérer des lendemains meilleurs.

Les renseignements deviennent précis pour les 5 établissements la période 1884-1904 : Bernard-Manet, Bernard-Pignollet, Colette (anciennement Bernard-Carré), Cullaz, Lalouet (anciennement Constantin) ; 4 avec la fermeture des tuileries Bernard-Manet en 1885.

Claude-Emiland Bernard se déclare « fabricant de tuiles » en 1886 tandis que son frère Joseph et son neveu François sont « industriels ». Désir de porter ombrage aux tuileries mécaniques de Navilly et de Ciel ? Citons aussi le cas atypique de maître Grozelier, à la tête des établissements Colette en 1885, déclaré « fabricant de tuiles » à partir de 1901.

Les familles Bernard cessent leurs activités en 1905-1906, suivis par la tuilerie Lalouet en 1908 au décès de sa propriétaire.

Seule demeure la tuilerie Grozelier jusqu’à la mobilisation d’août 1914 qui utilisait, selon F. Richard, « un manège à cheval et cuisait des tuiles plates de 15 x 19 cm, des tuiles canal de 38 cm, des pavés 15 x 15, des carreaux 30 x 30 cm, des briques de 3 x 15 x 30 cm et de 6 x 15 cm, 5 x 31 cm dans un four carré de 10 m de haut, à raison de 60 tonnes environ par fournée ; le dernier combustible employé a été le charbon »18. La famille Fouchécourt rachète le terrain après-guerre pour établir une scierie.

5 / Les ouvriers tuiliers : un milieu populaire

La répartition sociologique verdunoise peut s’établir ainsi au XIXe siècle:

  • commerçants : Grande Rue, rue du Pont et Grande Rue de Saint-Jean ;
  • négociants et charpentiers de marine : rues des Cannes, du Pignon ;
  • cultivateurs : Petit-Chauvort ;
  • jardiniers : avenue de la Gare, rue de Verjux ;
  • mariniers : rues de l’Hôtel-de-Ville, du Portail et des Tisserands (rue de l’Egalité), du Port-du-Petit Doubs, Petite Rue de l’Hôpital ;
  • tuiliers : rue Chaude (rue de Beaune).
  • tisserands : rue des Tisserands ;
  • manouvriers : rue des Tisserands, du Portail ; rue Chaude (rue de Beaune), des Cordiers (avenue du Pont National), place du Faubourg ;

Les recensements de 1836 à 1911 indiquent une concentration des tuiliers dans le quartier « populaire » de la rue Chaude et de ses rues adjacentes, proches des tuileries, où les loyers sont moins onéreux qu’au centre-ville, mais si des ménages résident au Faubourg ou route de Verjux. On en retrouve quelques-uns au vieux Verdun, dans la rue populeuse des Tisserands (rue de l’Egalité).

Tous ou presque sont natifs de Verdun. Il n’est pas rare que les épouses soient filles ou sœurs de tuiliers. Souvent recensées « sans profession », certaines sont journalières ou couturières. Les ménages se composent de 3 ou 4 enfants en moyenne et parfois accueillant un (ou plutôt une) aïeul(e). Les enfants choisissent d’autres voies : apprentis ou ouvriers chez des commerçants ou artisans. Ils deviennent vraisemblablement manœuvres aux périodes de forte activité selon le questionnaire de 1826 et notamment cette lettre du maire en mai 1851 : « Parmi ces ouvriers de toutes les tuileries, il y a deux enfants dans les deux premières et trois dans la seconde » (soit 5 sur 21). Les recensements se restreignent à la mention « fils » pour des garçons de 12 ans et plus, alors qu’ils travaillent déjà. De véritables dynasties d’ouvriers tuiliers traversent ainsi tout le siècle19.

« Les tuiliers sont en général des gens pauvres » constate sobrement le questionnaire municipal de 1826 sur les tuileries : « chaque ouvrier a 40 à 50 F par mois pendant 8 mois que dure ordinairement le travail des tuileries, il reçoit cinquante fagots de chauffage pour chaque fournée de briques, le charrieur de terre et des marchandises a 200 F par fournée ». Maigres avantages : du bois pour le chauffage pour un labeur de 8 mois par an. L’Annuaire indique que la journée varie de 0,80 à 2 F en 1829. Quarante ans après, le salaire n’a guère évolué : 2,50 à 3 F. Cette même année 1860, la journée est de 12 heures, augmentée à 14 en octobre, avant de revenir à 12 en novembre20.

Le même questionnaire de 1826 décrit les différents emplois : « Les terres (…) sont transportées aux tuileries par voiture, elles y sont mélangées s’il est besoin (grasse et maigre) elles sont corroyées par des hommes avec les pieds et coupées au cerclot à plusieurs reprises, ensuite conduites sur le banc et mise au moule par un homme, un autre homme et souvent par un enfant de 12 à 15 ans enlève le moule et la brique et la pose sur le sol (…) et rapporte le moule au mouleur en enlevant un autre (…). Quand les briques destinées au carrelage des maisons ou pavés sont mis à seche (sic), elles sont rabattues sur toutes les faces, pour ôter les bavures. Cette opération se fait par un homme assis sur un bac sur lequel il appuie la brique et la tourne en frappant sur toutes ses faces avec une palette ou rabattoire, quand la décication (sic) est parfaite, on met les briques et les tuiles aux fourneaux, chaque fourneau tient environ 4 à 5 milles grosses briques, 72 milles pavés, 15 milles tuiles creuses et un millier de tuiles plates. La cuisson dure ordinairement 12 jours, les premiers jours, le feu est petit ensuite on l’augmente par degré jusqu’à la fin, on laisse refroidir et on défourne (…). Chaque tuilerie occupe 6 ouvriers, un cheval ou deux et un voiturier pour la terre et la livraison des marchandises sur le port ».

L’emploi suit la conjoncture comme le prouvent les creux des années 1810 (une centaine en 1808, 60 en 1829) et de 1848-1854 ou les périodes de croissances (1855-1866). Avant 1848, les 8 tuileries occupent une vingtaine d’ouvriers, plus des manouvriers dont le nombre s’avère impossible à quantifier, même si on peut avancer un total de 60, selon les données chronologiques voisines (60 en 1826 pour 8 tuileries, 60 pour 6 établissements en 1869), moitié moins qu’aux dernières décennies du XVIIIe siècle, indice d’un déclin. Dans sa lettre du 27 mai 1851 au receveur des contributions indirectes, le maire précise que « Les ouvriers occupés dans chaque tuilerie sont 6 pour celle de M. Royer Fessel. Dans celle de M. Gilardin, de 5 ouvriers, dans celle exploitée par Bernard Virly de 10. ». Le recensement de 1851 atteste du marasme : seulement 7 tuiliers, tous « compagnons » (sic) qui vivent chez un manouvrier du Faubourg et l’on constate que la plupart des tuiliers sont devenus « manouviers ».

Nombre d’ouvriers Nombre de tuileries
1774 150 (Courtépée) 12
1808 Environ 100 12
1826 64 8
1851 21 3
1860-1869 Environ 60 6
1874 ? 4
1881 40 7
1884 ? 5
1885 30 4
1889-1895 40 4
1896 28 4
1897 25 4
1904 20 4
1906 12 2
1911 8 1

Tableau 2 – Les ouvriers des tuileries.

 

La fermeture progressive des tuileries artisanales permet de tirer ces quelques constats :

  • reconversion vers d’autres métiers ;
  • émigration : Verdun perd 600 habitants, soit 30 % de sa population entre les recensements de 1876 (1 957 h) et de 1906 (1 358 h). Quelques tuiliers ou leurs enfants travaillent en banlieue parisienne (notamment la famille Leroy) ;
  • embauches à la tuilerie industrielle du Chapot, distante de 4 km. Les recensements de 1901, 1906 et 1911 le prouvent. 3 ouvriers en 1901 et 1906, 12 en 1911, auparavant employés à la tuilerie Lalouet, fermée en 1908. L’essor de la bicyclette facilite sans doute ces plus longs déplacements à l’usine.

Conclusion

La décision préfectorale préalable à l’ouverture des établissements à odeurs insalubres permet aux pouvoirs publics de s’intéresser de plus près aux fours à chaux et aux tuileries. Les Annuaires et les recensements et les différents questionnaires établis à partir de la Monarchie de Juillet concourent aussi à mieux appréhender cet artisanat traditionnel. Pourtant, les retours d’information à la préfecture restent laborieux : ainsi, en 1844, les Ponts et Chaussées reconnaissent n’avoir « absolument aucun rapport avec les exploitants ou fabricants. Quant aux fours à chaux, peu importants, leur existence n’est connue que de MM. les maires ; eux seul peuvent adresser des documents. Les petits établissements sont très nombreux, et en conséquence, leurs produits forment une fraction notable de la production totale de ce département »21. Cet exemple montre la prise de conscience du poids de l’artisanat rural par les pouvoirs publics qui cherchent à mieux le contrôler en des temps où la stabilité politique demeure fragile. Bien entendu, personne n’envisage des interventions économiques ou sociales.

Ce tour d’horizon, malgré des zones d’ombre, témoigne de l’archaïsme structurel d’un artisanat. Cette incapacité à relever le défi de l’industrialisation amplifie l’inquiétant déclin économique qui frappe Verdun à la fin du XIXe siècle.

Enfin, nous adressons nos plus vifs remerciements aux « re-découvreurs » de ce site archéologique « pré industriel » : sans eux, nous n’en aurions pas eu connaissance et leur collaboration exemplaire est à l’origine de cette étude. Un exemple à méditer et à suivre.

Laurent GOURILLON (Trois Rivières n°79/2012)

Sources

Recensements 1836-1911, Cadastre 1836,  délibérations, archives municipales, annuaires de Saône-et-Loire (1808-1914),  archives notariales série 3E (ADSL), M 3130, M 2054, 2057, 2058.

Bibliographie :

  • Carlot Maurice, Les tuiliers verdunois, Trois Rivières n°26/1985.
  • Gabin Bernard et Monique, Guillot Antonin, Farion Jacqueline, Joannelle Anne, Les tuiliers du Verdunois, Trois Rivières n°36/1990.
  • Gourillon Laurent, Verdun-sur-le-Doubs, des origines à nos jours, tome t 2, Trois Rivières n° 70/2008.
  • Gourillon Laurent, Le trafic fluvial du Doubs inférieur in Quelques aperçus de la balle vallée du Doubs, Trois Rivières n° 78/2012.
  • Joannelle Claude, La toponymie du Verdunois, Trois Rivières n° 10/1977.
  • Richard François, Tuileries et briqueteries en Saône-et-Loire, Annales de Bourgogne, tome LXII, fascicule I, janvier-mars 1990.

Annexe 1 :

FOUR À CHAUX À LA MAISON BLANCHE

Résumé de la délibération du 25 novembre 1827 par Elisabeth DUCROT

En exécution de l’arrêté préfectoral du 4 octobre 1827, il est procédé à une enquête de commodo incommodo sur le projet de M. Perrot Saintour, propriétaire à Beaune, de construire un four à chaux permanent dans la cour de la maison dite « la Maison Blanche », terrain communal qu’il loue à la ville de Verdun.

Les récriminations et observations des habitants du voisinage sont minutieusement étudiées:

1- François Violot tixier de toile qui possède une terre au lieu-dit Les Sablons, qui donne de bise sur la route de Verdun à Chalon, à peu près en face de cette cour, craint que par vents de nord-ouest les odeurs dégagées par ces fourneaux ne viennent gâter les graines qui seraient ensemencées dans son champ. Il ne s’oppose pas à la construction de ce fourneau, mais veut seulement obtenir des indemnités en proportion des dommages subis, le cas échéant.

2- Le sieur Pierre Coulon, terrassier, possède une maison en bois et torchis dans ce climat de la Maison Blanche ou Creux Carillon, c’est là qu’il réside et comme la cour où Perrot veut construire n’est séparée de sa maison que par un petit chemin de 6 mètres de large, il craint fort que par vent du nord les fumées n’entrent directement chez lui et l’incommodent ou que le toit étant en chaume, cela ne provoque un incendie: cette proximité d’un four à chaux ferait perdre sa valeur à sa propriété. Il s’oppose à la construction.

3- François Merle demeurant aux Bordes et propriétaire aux Sablons d’une pièce de terre située en face de la cour du sieur Perrot, séparée d’elle seulement par la route de Verdun à Ciel, craint que les fumées dégagées par le fourneau ne détruisent les graines lorsqu’elles sont en fleurs et ne donnent une mauvaise odeur aux récoltes. Il s’oppose à la construction.

4- Denis Chevigny demeurant aux Montots à Ciel, propriétaire d’une terre située au clos de la Tuilerie Pagnier à la Maison Blanche et joignant directement la cour du sieur Perrot, craint que les fumées n’altèrent les récoltes par vents du midi et s’oppose à la construction.

Cinq autres propriétaires de terres situées soit aux Sablons, soit au Creux Carillon ou au Port La Pierre font les mêmes protestations et demandent au préfet de refuser l’autorisation de construction de ce four à chaux. Ce four serait trop près des habitations ou terres cultivées et risquerait de nuire aux cultures.

Le 5 mai 1828, le maire donne pourtant un avis favorable à la construction de ce four à chaux, traitant les craintes des opposants de chimériques, les fumées ne peuvent pas avoir cette incidence sur les graines et les terres; au contraire l’établissement d’une usine dans ce lieu éloigné de toute habitation serait très bénéfique pour Verdun et les communes voisines, donnant aux habitants une grande facilité pour se procurer de la chaux; tout ce qui peut aider au commerce et à l’industrie doit être soutenu lorsqu’il n’y a aucune retombée néfaste.

Annexe 2 :

Les employés des tuileries

(sources : recensements de 1901, 1906 et 1911)

Tuilerie Lalouet (fermée en 1908)

1901 1906
Voillot François 57 ans tâcheron Voillot François 62 ans contremaître
Barbey Pierre 54 ans Barbey Pierre 60 ans
Lafond Etienne 56 ans Lafond Etienne 62 ans
Rey François 65 ans tuilier Ny Jean, né à Damerey 31 ans
Brianti François 43 ans Revirard Justin 39 ans
Diard François 45 ans
Jeannin François 33 ans Bouquin Charles 49 ans
Augey Antoine 38 ans
Forgemont Pierre 22 ans tuilier Cullaz Alexandre 57 ans ouvrier

Tuilerie Grozelier (fermée en 1914)

1901 1906 1911
  Farastier Denis 62 ans (contremaître) Farastier Denis 67 ans
Badet Pierre Louis 30 ans Badet Pierre Louis 36 ans Badet François 41 ans
Leroy Pierre 48 ans Leroy Pierre 53 ans Leroy Pierre 59 ans
Sexe Pierre 40 ans Sexe Pierre 45 ans Sexe Pierre 50 ans
Jeannin Pierre 48 ans tuilier Jeannin Pierre 53 ans tuilier Jeannin Pierre 59 ans
Midey Philibert 31 ans Jeannin Jules 16 ans Jeannin François 44 ans
Midey Louis 32 ans Curtheley Emile 15 ans
Gauthier Bernard 12 ans Curtheley Marcel 20 ans

Notes

  • 1 J.-B. Guerret cultivateur à La Chapelle-Saint-Sauveur, mentionne l’achat de cendres dans ses livres de comptes entre les décennies 1830 et 1860 (R. Michelin, Les Larmes d’Or, Maisonneuve et Larose, Langres, 2002).

  • 2 Espace compris entre la salle des fêtes, la laiterie et l’avenue Giscard d’Estaing. Arpentage fait en 1852 par l’agent voyer. Les dépôts de cendres occupent 11 ares.

  • 3 Courtépée, Béguillet, Description générale et particulière du Duché de Bourgogne, rééd. Arts et littérature SARL, Lons-le-Saunier, 2001.

  • 4 1 toise = 1,94 m ; 900 toises = 1 746 m.

  • 5 Archives municipales F2 (a), lettres des 14 octobre 1816, 16 novembre 1816 et bail du 19 février 1817.

  • 6 Actuellement propriété Rossignol-Tusseau.

  • 7« Il y a des fabriques de thuiles qui sont très recherchées et qui s’exportent pour Mâcon, Lyon et sur les villes de la Saône. Cette thuile est blanche, bien sonore, bien compacte et peu sujette à se briser ou à se réduire en poussière par la gelée » (1808) ; « Les tuileries de Verdun sont les premières de ce genre en Bourgogne » (1834).

  • 8 Rapport du Préfet au Conseil général, avril 1849.

  • 9 ADSL M3130.

  • 10 Des ouvertures de tuileries sont déposées à Verjux par M. Jeunon-Quanet le 1er juillet 1858 (4K281) et à Sermesse par Pierre Gay le 15 octobre 1862 (M3130) : projets sans véritables lendemains.

  • 11 Voir A. Guillot, Un siècle d’incendies dramatiques en Verdunois in Regards sur le 19e siècle, Trois Rivières n° 60/2003, pp. 28-40. Une douzaine d’incendies ravagent le canton au XIXe siècle. En 1866, 53,4 % des toits sont en chaume (hors Verdun et Allerey) ; les rares compagnies de sapeurs-pompiers restent souvent impuissantes devant l’ampleur des sinistres.

  • 12 Estimation de la tuilerie Bernard : 11 000 F, marchandises (parements, tuiles, carreaux) 10 000 F (acte du 26 octobre 1843, Me Gauriot, ADSL 3E209).

  • 13 F. Richard, Tuileries et briqueteries en Saône-et-Loire, Annales de Bourgogne, 1990.

  • 14 Des démolitions : La Creuse (1853), Gilardin, La Carotte (1891), Vincent-Legey (1915).

  • 15 Claude Joannelle, La toponymie du Verdunois.

  • 16 ADSL 3E20936, n° 6000 Me Gauriot, 26 octobre 1839.

  • 17 Ancien chemin qui devait relier Verdun à Saint-Maurice-en-Rivière.

  • 18 F. Richard, Tuileries et briqueteries, op. cit.

  • 19 Ce sont, entre autres, les familles Bernard, Boillot, Boulot, Bouquin, Diard, Durand, Farastier, Jeannin, Léglise, Leroy, Manet, Midey, Philippe, Rey, etc.

  • 20 ADSL M3130 statistiques industries.

  • 21 ADSL M3130, statistiques entreprises minéralogiques, lettre de l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées au préfet, 5 décembre 1844.

Des autoroutes énergétiques hors normes : gazoducs et lignes électriques à très haute tension

1946. L’État fonde deux grandes entreprises nationales qui rationalisent les besoins pour répondre aux impératifs industriels de l’après-guerre. Les Français consomment, la reconstruction du pays fournit de nombreux emplois. Les Trente Glorieuses (1945-1975) forment une période de croissance exceptionnelle. Plus tard, les baby-boomers alimenteront de nouveaux besoins. Cette expansion nourrit l’essor industriel des centres urbains. La demande de gaz et d’électricité s’amplifie sans cesse. Les circonstances de ces opérations d’aménagement du territoire de grande ampleur vont faire de Palleau le carrefour de flux gaziers et électriques. Nous nous intéresserons d’abord au transport électrique, puis à celui du gaz, avant d’examiner la situation stratégique de Palleau qui accueille une station de compression.


I – UN GRAND PROJET ÉNERGÉTIQUE : NAISSANCE D’ÉLECTRICITÉ DE FRANCE 

Les centrales hydroélectriques du Massif Central et des Alpes bâties dans la décennie 1930 et les houillères ont multiplié les liaisons de transport avec les centres urbains. Or, la fourniture de l’énergie électrique s’avère disparate : deux cents entreprises privées assurent la production, une centaine gère le transport et plus de mille font la distribution1. Leurs services et tarifs fluctuent selon la géographie ou les prestataires. En 1933, naît la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) à qui l’État accorde la concession du Rhône pour 99 ans. Ainsi, la construction sur le fleuve du barrage de Génissiat (Ain, près de Bellegarde-sur-Valserine) démarre dès 1937 pour alimenter Paris et Lyon, mais la guerre perturbera les travaux.

En 1945, la création d’un service public unique est à l’ordre du jour, conformément au programme économique du Conseil National de la Résistance qui veut nationaliser la production. Il faut d’abord redémarrer une économie exsangue. L’électrification, notamment rurale, a certes progressé (plus de 60  % des foyers sont raccordés, presque tous dans le Verdunois, mais avec des retards). Les besoins sont immenses pour satisfaire l’industrie et les foyers voulant toujours plus d’électricité. La pénurie ne s’achève qu’en 1948.

En 1946, l’État nationalise les sociétés de production, de distribution et de transport pour créer Électricité de France (EDF). Encouragée par le commissariat au plan, la nouvelle société publique engage un travail colossal mais nécessaire de standardisation et de construction des lignes et des centrales. L’objectif consiste à rebâtir le réseau endommagé durant la guerre tout en poursuivant la construction de centrales hydroélectriques et thermiques. De nouvelles liaisons renforcent le maillage du territoire d’avant guerre pour satisfaire ces besoins exponentiels, stimulés par les crédits américains du plan Marshall. Le résultat est spectaculaire. Entre 1947 et 1950, pas moins de 3 770 km de lignes nouvelles se dressent dans les campagnes à une époque où le respect de l’environnement ne préoccupe guère les aménageurs2. Néanmoins, pour compenser l’impact visuel, l’État verse une taxe annuelle procurant un revenu conséquent aux communes3.

Le réseau se densifie encore pour répondre à l’expansion économique qui s’installe à partir de la décennie 1950. Les modes de vie se transforment : les familles s’équipent en matériel électroménager tandis que les entreprises modernisent leur production. La demande est si importante que les centrales à charbon et hydroélectriques ne suffisent plus. À partir de 1963, qui voit la mise en service de la centrale de Chinon, la France amorce le virage du nucléaire. Le président Pompidou conforte ce programme en 1973-1974 pour réduire la dépendance énergétique du pays, au pétrole. Durant cette période, la consommation électrique poursuit toujours sa croissance. EDF répond à ces exigences en modernisant et en optimisant ses capacités de production. Palleau en est le témoin involontaire.

De véritables autoroutes électriques : les lignes Génissiat-Vielmoulin

Inauguré par le Président de la République Vincent Auriol le 1er août 1948, le barrage de Génissiat, sur le Rhône, illustre ce volontarisme d’État. L’ouvrage sera le plus gros centre de production électrique du pays et même d’Europe avant la mise en service des centrales nucléaires.

Dès 1945, EDF construit une puissante ligne de 225 kV à un seul circuit de 3 câbles pour alimenter la région parisienne et la ligne de chemin de fer Paris-Lyon-Marseille dont l’électrification est imminente. Elle relie ainsi les 412 km séparant Génissiat du poste de Villevaudé (Seine-et-Marne), dans l’Est parisien. Fort long, l’ouvrage nécessite des postes de coupure à Vielmoulin (Côte d’Or, Sombernon) et à Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne). Il comprend environ 800 pylônes en treillis métalliques de type « nappe » d’environ 35 m de haut, distants de 300 à 500  m. La ligne traverse une partie du canton : Saint-Didier-en-Bresse, Ciel, Les Bordes, Bragny et Palleau où elle surplombe la prairie, tout en frôlant le bourg.

Dès 1953, une ligne à 2 circuits (6 câbles) de 225 kV, encore plus imposante par ses dimensions (pylônes « nappe » de 41 à 51,2 m ayant environ 30 m2 d’emprise au sol4) s’érige parallèlement au premier ouvrage jusqu’à Vielmoulin. Ensuite, son tracé rejoint le poste de Creney (Troyes) puis celui du Plessis-Gassot au nord de Paris (Val d’Oise, près de Roissy). Sur ces entrefaites, la recherche progresse et les ingénieurs mettent au point la très haute tension 400 kV pour transporter encore plus de courant sur de longues distances avec des pertes minimales. Dès mars 1954, EDF envisage d’adapter cette technologie inédite sur la nouvelle ligne Génissiat-Vielmoulin–Plessis-Gassot. Les travaux se font l’été 1957 avec mise en service en mars 1958 sur l’ouvrage qui ne comportera plus qu’un seul circuit (3 doubles câbles). Il s’agit de la première liaison de ce type en France. Ce système se multipliera plus tard pour acheminer l’électricité d’origine nucléaire.

En 1980, une ligne de 2 x 400 kV (6 câbles doubles) formée de pylônes dits beaubourg5, hauts de 43 à 50 m, en principe plus respectueux de l’environnement, se substitue à l’ouvrage de 225 kV aux capacités insuffisantes. Aujourd’hui, 11 supports traversent Palleau : 6 pour les lignes 1-2 et 5 pour la ligne 3.


II – NAISSANCE ET DÉVELOPPEMENT DU TRANSPORT GAZIER

Gaz De France (GDF) naît le 8 avril 1946 de la nationalisation de la majorité des compagnies6 alors que, après guerre, le pays s’attelle à sa reconstruction. Le transport du gaz se résume alors à quelques canalisations de courte distance pour la distribution des sous-produits de la houille des régions du Nord.

L’artère de l’Est construite en 1949 entre la Lorraine et la région parisienne constitue la première expérience de transport et de gestion gazière sur longue distance. Une conduite de 312 km permet, sous une pression de près de 60 bars, de transporter le gaz excédentaire produit par les cokeries lorraines.

À partir de 1958, le réseau gazier se développe en partant du gisement de Lacq (Pyrénées-Atlantiques), découvert quelques années auparavant, vers les grandes agglomérations. Dans les années 1960, on construit des terminaux méthaniers sur les grandes façades maritimes françaises pour répondre aux besoins de la consommation. L’un d’eux fonctionne au Havre en 19657 pour la regazéification du gaz algérien livré sous forme liquide. Suivront ensuite les terminaux de Fos-Tonkin en 1972, de Montoir-de-Bretagne en 1980, de Fos-Cavaou en 2010 et de Dunkerque en 2017.

La construction de gazoducs depuis les ports méthaniers et le gisement de Lacq ainsi que les entrées terrestres du Nord et de l’Est de l’Europe dessinent jusqu’à nos jours la carte du réseau. Au carrefour de l’axe Sud-Ouest et de la dorsale Nord-Sud, Palleau joue un rôle stratégique dans le transport gazier français et européen depuis l’arrivée du gaz de Lacq en 1959 par l’artère du Charollais. Des conduites vitales pour l’alimentation se croisent ainsi à la station de compression de Palleau : les artères Bourgogne et Val de Saône.

L’arrivée du gaz de Lacq

La découverte du gisement de Lacq en 1951 marque un tournant dans l’approvisionnement et la distribution du gaz naturel français. Il offre une opportunité inattendue de développement alors que les besoins énergétiques sont immenses. Le réseau de gaz se développe en 3 branches depuis l’artère principale dite Guyenne vers les centres industriels de Nantes (artère de Vendée), de Paris (artère de Sologne), de Lyon (artère Centre-Est puis Beaujolais) et de Besançon (artère Centre-Est puis Charollais). L’artère du Charollais commence à Vindecy (près de Charolles) pour desservir Besançon via le bassin minier et Tavaux, siège de l’usine chimique Solvay, un grand consommateur de gaz.

En 1959, cette conduite d’un diamètre 200 mm pénètre à Palleau après avoir traversé La Loyère, Fragnes, Virey, Sassenay, Gergy, Allerey où un poste de coupure réglementaire est implanté avant de poursuivre sur Saint-Martin-en-Gâtinois. À Palleau, arrivant par le sud-ouest, le gazoduc coupe la Dheune puis le Meuzin avant de se diriger par les bois vers Labergement-lès-Seurre.

Plus tard, le poste d’Allerey servira de base pour l’alimentation de Beaune en 1965 et Dijon en 1972. Cette même année, pour satisfaire ces nouvelles consommations, la capacité de l’artère Charollais se double d’une seconde conduite d’un diamètre de 450 mm jusqu‘à Allerey8.

Palleau sur « L’étoile de L‘Est » : l’arrivée du gaz russe

Les achats extérieurs et la production intérieure s’équilibrent en 19729. Les besoins industriels et domestiques soutiennent la demande, surtout en région lyonnaise. Entre 1970 et 197810, la consommation française annuelle passe de 10 à 25 milliards de m³ environ. Pendant ce temps, la production de charbon décroît (des puits ferment dont ceux de Blanzy-Montceau) tandis que le gisement de Lacq s’épuise.

En 1978, les principaux fournisseurs sont les Pays-Bas, l’Algérie et la Norvège. Recherchant d’autres approvisionnements, GDF signe deux nouveaux contrats avec la Russie11 et l’Iran12 et construit l’infrastructure nécessaire. Le gaz de l’Est traverse l’Autriche et l’Allemagne pour rejoindre son point de livraison à Obergailbach via Erching (Moselle) à la frontière française. Le réseau forme une étoile dite de l’Est, interconnectée avec les réseaux Centre-Est et Sud-Est existants :

  • artère Nord-Est : Obergailbach (Moselle) – Voisines ;
  • artère de Seine : Voisines (Haute-Marne) – région parisienne ;
  • artère de l’Est lyonnais : Étrez (Ain) – région lyonnaise.

En même temps, GDF bâtit l’étoile de l’Ouest raccordant le terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne à la région parisienne et au site de stockage souterrain de Chémery/Soings-en-Sologne.

Le tronçon Voisines-Étrez, dit Artère de Bourgogne, participe au remplissage des centres de stockage souterrain d’Étrez et de Tersanne (Drôme) en été. En hiver, l’artère complète l’alimentation des régions lyonnaises et sud-est en passant par Allerey. La pose se scinde en deux sections : Étrez-Allerey en 1979 et Allerey- Voisines en 1978. Cette dernière canalisation d’un diamètre de 800 mm mesure environ 114 km de longueur et peut transporter le gaz sous une pression de 67,7 bars. 5 postes de sectionnements intermédiaires réglementaires, distants d’une vingtaine de kilomètres chacun, jalonnent le parcours à Leuchey (Haute-Marne), Selongey, Beire-le-Châtel, Izier, Magny-lès-Aubigny (Côte-d’Or) et Palleau. L’aspect réglementaire et obligatoire explique la proximité du poste de Palleau avec celui d’Allerey. Déjà, GDF projette l’implantation d’une station de compression sur ce point.

Des conventions de servitudes à obtenir

Avant le début des travaux, GDF doit résoudre un problème crucial : obtenir l’autorisation des propriétaires concernés par le passage du gazoduc. Le tracé doit rester libre en cas d’intervention13, impliquant la signature de servitudes d’utilité publique. Ainsi, les propriétaires s’engagent à ne pas planter de végétaux dont les racines dépassent 0,80 m, d’arbres supérieurs à 2,70 m sur une bande de 10 m autour de la canalisation. La culture de la vigne ou la construction d’un mur (dont la hauteur ou la profondeur n’excède pas 0,4 m) restent possibles.

En contrepartie, GDF reçoit l’autorisation d’établir une canalisation enfouie à 1,50 m, selon les tracés réglementaires. GDF s’engage à remettre en état les parcelles à l’issue des travaux et à poser les bornes de repérage en limite des terres.

Le contrat prévoit des indemnisations de compensation aux propriétaires et aux exploitants pour la perte des récoltes pendant les travaux. Enfin, GDF attire l’attention des communes sur les éventuelles dégradations des drainages agricoles lors des travaux.

Les travaux commencent

En avril 1978, le chantier commence dans le sens Sud-Nord14 (Allerey-Voisines). Le travail est confié à une entreprise spécialisée, la Société Parisienne de Canalisation (SPAC). Le projet se déroule selon les phases prévues : balisage du tracé, état des lieux avec les exploitants agricoles, bardage puis soudures des tubes, mise en fouille, remblaiement et remise en état, épreuves sur le gazoduc et enfin état des lieux.

En février 1979, le maire déplore la dégradation du chemin communal n° 3 entre la départementale 171 et le futur site de la station. Le trafic des camions explique les dégâts. Ainsi alertée, GDF s’engage à entretenir le chemin pendant les travaux et à le remettre en état après.

Début 1979, les propriétaires signent les attestations de remise en état des lieux, preuve de l’achèvement des travaux mais, GDF recherche déjà à accroître la capacité de son réseau.


III – LA STATION DE COMPRESSION DE PALLEAU

En 1995, l’État qui cherche toujours à diversifier ses approvisionnements, signe un contrat avec la Norvège pour construire et exploiter un gazoduc entre les deux pays. L’ouvrage sous-marin dénommé NorFra, le plus long du monde au moment de sa mise en service (840 km), transporte le gaz jusqu’au terminal de réception de Dunkerque15 puis au centre de stockage de Gournay-sur-Aronde (Oise). Ce nouveau gazoduc, inauguré en 1998 par le Premier Ministre Lionel Jospin et son homologue norvégien, renforce le rôle de la France, plaque tournante européenne du transport du gaz.

Avec l’accroissement des consommations du Sud-Est du pays et du transit vers l’Espagne, il devient indispensable d’élever la capacité de transport sur l’axe Nord-Sud concomitante avec la fin prochaine de l’exploitation à Lacq. Vers 1996, GDF décide de construire une station de compression de Palleau. Le site, non inondable, se situe idéalement à mi-chemin entre les stations existantes de Voisines et d’Étrez (moins de 100 km). De plus, le site choisi, isolé, près de la forêt domaniale, a l’avantage de préserver les habitants des nuisances éventuelles (visuelles ou sonores). L’éclairage intégral de nuit, prévu à l’origine, est également réduit au strict nécessaire.

La station, mise en service en 1998, comprime du gaz venu du Nord ou du Sud avec 2 turbocompresseurs de 10 MW chacun et 1 turbocompresseur de 5 MW pour une production maximale de 1,33 million de m³ par heure. Le site est surveillé et commandé depuis Paris même si l’entretien du matériel et les circonstances liées au plan Vigipirate nécessitent souvent du personnel sur place. Afin de rassurer la population, GDF organise deux visites du site les 18 mai et le 22 septembre 1998.

En 2001, l’installation est complétée par la liaison Palleau-Allerey. Cette conduite d’un diamètre de 500 mm, qui jouxte l’artère Bourgogne, réalise l’interconnexion entre l’axe Nord-Sud et l’artère du Charollais à Allerey. Désormais, GDF peut comprimer et transporter le gaz d’Étrez ou de Voisines vers le Sud-Ouest de la France.

Un accident sur le chantier

Les accidents restent rares sur ce type de chantier où toutes les précautions sont prises. Néanmoins, un incident s’est produit dans la station en construction comme le relate le Journal de Saône-et-Loire du 21 juillet 1998 :

Chalon – Hier matin vers 10 h 30 à la station du service de la production de Gaz De France à Palleau, un système de protection incendie fonctionnant au dioxyde de carbone (…) s’est déclenché de manière intempestive et a laissé échapper un volume important de gaz, ce qui a provoqué des troubles respiratoires pour 16 personnes travaillant sur le chantier de ce site en construction.

Une équipe de trois personnes se trouvant dans une fosse a été la première à subir les émanations de ce gaz répandu dans l’air. Un homme bloqué dans la fosse, n’a pu remonter, un autre a essayé de quitter les lieux par une échelle mais s’est évanoui, sans doute pris par l’intensité du gaz. Il s’est sérieusement blessé en retombant dans le trou. Cette personne est toujours en examen à l’hôpital à Chalon.

13 autres personnes ont été intoxiquées en essayant de secourir leurs collègues bloqués dans la fosse. Les pompiers de Verdun, de Chalon et le SAMU 71 sont intervenus sur les lieux et les 16 personnes ont été transportées vers les hôpitaux de Beaune et Chalon pour des examens préventifs.

L’accident s’est produit sur le chantier en construction d’une station de compression de gaz de Palleau, près de cette canalisation énorme qu’on appelle communément « l’autoroute du gaz français (…) ».

L’impact paysager

Un tel équipement gazier doit être parfaitement stable. GDF prévoit un terrassement de grande ampleur avant de construire la station. Les importantes quantités de terre extraites du site servent à rehausser les chemins communaux ou sont acheminées chez des agriculteurs. Durant l’été 2017, la commune saisit cette opportunité pour rehausser le parking de la mairie et combler la mare de la Croix-Leuret.

Le renforcement nord-sud passe par Palleau

En octobre 2017, la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE)16 délibère sur la création d’une zone de marché unique du gaz en France au 1er novembre 2018. Depuis 2003, plusieurs étapes ont permis la fusion des zones tarifaires qui passent de 7 en 2003, à 5 en 2005 et à 3 en 2009. La CRE cherche à instaurer un prix unique, stabiliser le marché français et améliorer l’accès aux différentes sources d’approvisionnement. Depuis l’épuisement puis la fermeture du gisement de Lacq en 2013 et la baisse des importations de gaz algérien après 2000, les principaux fournisseurs restent les pays du nord de l’Europe. Selon le bilan énergétique 201517, la Norvège représente désormais 42,2% des importations, suivie de la Russie (11,4 %) et des Pays-Bas (10,7 %). L’Algérie représente moins de 10 % du total.

Pour y parvenir, deux programmes d’investissement sur le réseau ont été retenus : le Renforcement Gascogne-Midi (RGM) qui comprend la construction d’une canalisation de 61,8 km et de diamètre de 900 mm entre Lussagnet (Landes) et Barran (Gers) ainsi que le renforcement de la station de compression de Barbaira (Aude). Ce projet est placé sous la responsabilité de TIGF18, gestionnaire du réseau dans le Sud-Ouest de la France. Le second programme, « Val de Saône », vise à densifier la dorsale gazière entre Dunkerque et Fos-sur-Mer pour favoriser la distribution entre le nord et le sud de la France. Il comprend le doublement de l’artère Bourgogne entre Voisines et Étrez grâce à un gazoduc d’un diamètre de 1 200 mm sur 187 km, l’aménagement de trois stations d’interconnexion à Étrez (Ain), Palleau et Voisines (Haute-Marne) et le renforcement de la station de compression d’Étrez.

En novembre 2014, GFTgaz obtient le permis de construire un bâtiment de contrôle d’une superficie de 47 m², une zone d’interconnexion et des voies de circulation à la station de Palleau. Quant au gazoduc, d’autres études préalables restent à mener avant de commencer les travaux.

Diagnostics et fouilles archéologiques.

En juillet 2015, GRTgaz et l’INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) signent une convention visant à protéger le patrimoine archéologique enfoui sur le tracé du gazoduc. Cette signature marque le départ des fouilles préalables aux travaux.

Le diagnostic de l’INRAP met en évidence près de 40 sites intéressants sur la totalité du tracé. Les sites suivants sont étudiés sur la région :

  • Bragny (Le Pâquier des Écherons) : indices d’une occupation préhistorique ;
  • Ciel (Le Petit Bas de Vau) : mise en évidence d’un dépotoir datant de l’Âge du Bronze ;
  • Saint-Didier (rue du Clouselot) : découverte de vestiges indiquant une occupation agricole allant de la conquête romaine jusqu’au XIVsiècle ;
  • Palleau (Le Cœur des Monts) : découverte de 2 enclos dont la datation reste incertaine et d’un grenier sur poteau attribué à la période laténienne. Peu de vestiges trouvés sur ce site, ce qui ne favorise pas la datation précise.
  • Palleau (tronçon B 10 allant de Glanon (21) à Bragny) : un parcellaire antique et un grand nombre de céramiques au lieudit La Croix Rouge. Un nombre important de céramiques et une armille19 au lieu-dit Les Bruchettes. Ces découvertes feront peut-être l’objet d’études ultérieures plus poussées.

L’INRAP et GRTgaz s’engagent à remettre en état les terrains comme l’indique « Le Palleautin » : « l’ensemble des parcelles qui seront traversées font l’objet d’un état des lieux consigné par huissier en vue de leur remise en état à la fin des travaux de mise en place des éléments du gazoduc20 ».

Enquêtes et travaux préalables

En 2015, une série de réunions est programmée dans le cadre de l’enquête publique21. Ce travail concerne l’ensemble des communes traversées. Les réactions de la population restent peu nombreuses à Palleau. Le passage du gazoduc n’inquiète guère. Comme l’indique Daniel Ratte, maire de Ciel, «  Il y a déjà un gazoduc qui traverse le village. Donc les habitants n’appréhendent pas. Tout s’était très bien passé la première fois  22». Le tracé pose parfois questions. Pour les habitants du lotissement de la route de Verdun à Palleau, l’écoulement de l’eau sera perturbé par la conduite de gaz qui se trouve à moins de 25 m des maisons. Une raison pour tenter de repousser le tracé à l’est. La doléance sera refusée.

Les agriculteurs restent les premiers concernés. Certains alertent GRTgaz sur l’endommagement éventuel des drainages même si l’entreprise les rassure en s’engageant à faire remettre les terrains en état. Un exploitant de Palleau souhaite que la canalisation soit enterrées avec une surprofondeur afin de poser un drainage ultérieurement. Un autre estime que les travaux de pose impacteront fortement l’exploitation des parcelles et demande donc la création de nouveaux points d’eau pour abreuver le bétail. Les désagréments liés à la circulation des poids lourds et engins de chantiers inquiètent. À Palleau, un état des lieux avant et après les travaux est prévu. GRTgaz s’engage à la remise en état des voiries au terme du chantier. À Saint-Martin-en-Gâtinois, le maire sollicite l’interdiction de passage des poids lourds car ce trafic endommagerait les routes. GRTgaz refuse au motif que l’interdiction ne porterait que sur les véhicules de l’entreprise. À Ciel, la commune obtient des mesures compensatoires : création d’un parc naturel au lieu-dit « La Bretonnière ». L’accord entre la mairie et GRTgaz prévoit la réalisation de mares, d’une prairie humide, de plantations d’arbustes et d’un parcours de santé23.

Les travaux commencent

Ce chantier gigantesque24 placé sous la responsabilité de GRTgaz comprend l’adaptation de la station de compression et la pose du gazoduc. À Palleau, l’aménagement des voies d’accès débute fin 2015 par un plan de circulation pour accroître la sécurité des entreprises intervenantes et des riverains (imposant le bitumage de chemins). Une considération prise au sérieux par le maire qui en informe la population (Le Palleautin n° 30, avril 2016) :

Travaux GRTgaz – Après avoir aménagé les chemins ruraux permettant l’accès au chantier de la station en toute sécurité, GRTGaz travaille actuellement sur l’espace de raccordement du futur gazoduc aux compresseurs de la station. Ce chantier durera environ deux ans. Je remercie l’ensemble des usagers des chemins ruraux pour le respect des règles de circulation, malgré quelques désagréments.

Les terrassements commencent en février 2016. Ils consistent à préparer les terrains pour les nouvelles installations et à construire des plateformes de stockage. De juillet 2016 au premier semestre 2017, les entreprises s’attellent aux activités de tuyauterie suivies des opérations de câblage et d’instrumentation. Environ 90 personnes opèrent sur le chantier pendant ce pic d’activité. Les entreprises implantent un nouveau poste de sectionnement sur l’artère Bourgogne puis préparent les raccordements du nouveau gazoduc avec les conduites existantes. GRTgaz prévoit la mise en route des nouvelles installations fin 2018.

La pose du gazoduc entamée en mars 2017 nécessite d’impressionnantes quantités de tubes venus d’Allemagne et de Turquie par voie maritime, fluviale, ferroviaire et routière vers les dépôts retenus par GRTgaz25. La plateforme du port de Chalon est préférée à d’autres propositions locales. C’est à partir de là que seront acheminés les tubes par convoi exceptionnel.

Sur le chantier, l’entreprise utilise des plats-bords. Ce sont des planches de bois sur lesquelles les engins peuvent rouler sans trop abîmer le sol. L’emprise du chantier se monte à 38 m. Les tubes déposés le long du tracé sont soudés les uns aux autres après avoir été cintrés si nécessaire afin d’épouser la forme du terrain. Chaque soudure doit être rigoureusement contrôlée avant d’être recouverte par un enrobage spécifique. L’assemblage de tous ces tubes peut mesurer jusqu’à 3 km. Ensuite, la terre est déposée couche par couche puis triée selon les consignes de la Chambre d’Agriculture pour former une tranchée. Une opération non exempte de complications quand l’eau afflue pendant les travaux comme à Labergement-lès-Seurre où des opérations de drainage perturbent les travaux.

Le tube assemblé est soulevé par des porte-tubes puis déposé au fond de la tranchée avant d’être recouvert par la terre mise de côté avant les travaux. Pour GRTgaz, il reste difficile d’éviter les effets négatifs sur les terrains mais tout est fait pour garantir la réversibilité des dégradations éventuelles.

Un impact positif sur l’économie locale

La construction du gazoduc génère d’importantes retombées économiques à commencer par le recrutement de main-d’œuvre. Si la pose d’une conduite nécessite du personnel hautement qualifié, le chantier a besoin d’un grand nombre de manutentionnaires non qualifiés. 70 à 100 personnes sont recrutées dès fin 2016. Les agences de recrutement s’appuient sur Pôle Emploi et programment des réunions d’informations sur les postes et la rémunération : le SMIC pour 44 h hebdomadaires. Les candidats se forment à la sécurité et à la mise en œuvre. Chaque ouvrier rejoint la base opérationnelle de Branges pour le tronçon situé en Saône-et-Loire avant d’être conduit sur son lieu de travail du jour26.

Les entreprises de travaux publics, de la construction, des transports, de l’hébergement et de la restauration bénéficient de la manne du gazoduc. À l’été 2016, six mois avant l’ouverture du chantier, les demandes de logement affluent près de Branges et de Palleau. 500 ouvriers et techniciens des entreprises sous-traitantes cherchent à se loger au moindre coût afin d’économiser la prime journalière de l’employeur. Ainsi, le camping de Bragny-sur-Saône reste ouvert au-delà de la période estivale moyennant quelques investissements (bornes électriques, accès, etc.) pour accueillir des ouvriers, venant souvent de l’étranger (Belgique, Pays-Bas). À Saint-Germain-du-Bois, deux semaines avant l’ouverture habituelle, 20 emplacements du camping sont occupés par les « gaziers »27. À Verdun, le restaurant Les Trois Maures fait le plein le midi en accueillant des responsables de GRTgaz.

***

Palleau, occupe donc une position stratégique dans le développement énergétique du pays. Après la guerre, la commune est traversée par la ligne électrique à haute tension du barrage de Génissiat, symbole des progrès industriels d’un pays en pleine reconstruction. Cette ligne, bientôt doublée, forme un axe structurant du réseau électrique entre les Alpes et Paris. Puis arrive l’expansion du réseau gazier à partir du gisement de Lacq. L’artère transportant cette nouvelle ressource coupe la commune avant de rejoindre Besançon. Plus tard, deux autres conduites passeront aussi par Palleau, confirmant sa position privilégiée. La station de compression complètera l’équipement à la fin des années 1990.

Aujourd’hui, les pylônes dominent le village contrairement au réseau gazier invisible. Seules les bornes jaunes témoignent de sa présence dans le sous-sol et la station nous rappelle que Palleau est l’un des points névralgiques du transport français de gaz. Ces autoroutes hors normes ont été décisives dans la transformation récente de la commune. Ironie du sort, le village attend 2001 pour être raccordé au réseau domestique de gaz naturel.

Lionel CANAC

Sources et bibliographie:

BELTRAN, Alain et WILLIOT, Jean-Pierre. Les routes du gaz : Histoire du transport de gaz naturel en France. Paris, Le Cherche Midi, 2012, 304 p. BELTRAN, Alain. Gaz de France et le secteur gazier depuis 1940. In : Flux, n° 8, 1992. pp. 29-38.SEYER, Claude. L’évolution de la consommation et de la production des différentes sources d’énergie en France entre 1970 et 1980. In : Revue Géographique de l’Est, tome 20, n°1-2, janvier-juin 1980. Varia. pp. 43-64.

VEYRET-VERNER, Germaine. L’équipement électrique de la France, 1947-1950. Revue de géographie alpine, tome 39, n° 3, 1951, pp. 579-593.. Délibération n° 2017-246 de la Commission de régulation de l’énergie du 26 octobre 2017 relative à la création d’une zone de marché unique du gaz en France au 1er novembre 2018.

LABEAUNE, Régis. Rapport de diagnostic archéologique sur la future station d’interconnexion de GRTgaz, INRAP, décembre 2014.

CHEVRIER, Sébastien. Rapport de fouille archéologique, Palleau, le Cœur des Monts, INRAP, septembre 2015.

GAILLARD, Antony. Rapport de diagnostic archéologique sur le tronçon B10, INRAP, décembre 2015.

Remerciements

GRTgaz (Agence Bourgogne) ; GMR Bourgogne (RTE)

Notes

1 Site internet : www.edf.com . Dans notre secteur, la Société Électrique de la Grosne construit des lignes moyenne tension (St-Marcel/Allerey/Pouilly-sur-Saône) pour alimenter les bourgs et même une ligne haute tension à 150 kV entre Chalon et Besançon. On rencontre aussi de petits entrepreneurs (famille Ménétrier à Verdun).

2 VEYRET-VERNER, Germaine. L’équipement électrique de la France 1947-1950. Revue de géographie alpine, tome 39, n°3, 1951, pp. 579-593.

3 En 2018, la taxe afférente est de 4 730 € pour chaque pylône supportant une ligne électrique dont la tension est supérieure à 350 kV (http://bofip.impots.gouv.fr).

4 Plutôt massifs, ces pylônes en nappe sont délaissés dès 1960 pour les modèles « chats », moins voyants. À partir des années 1970, les nouvelles lignes 400 kV sont toutes à 2 circuits (6 doubles câbles) : d’abord de type « anjou » puis « beaubourg ».

5 Ce dernier ouvrage, a fait l’objet d’un concours national en 1977 pour répondre aux protestations environnementales. Réuni au centre Beaubourg, un jury a choisi ce nouveau support après examen d’une quinzaine de projets d’ « esthéticiens industriels », d’où son nom. Ce pylône est très répandu sur le réseau.

6 615 exploitations gazières sur 724 existantes en 1945 ont été nationalisées.

7 Fermeture en 1989.

8 C’est à cette occasion qu’Antonin Guillot, fouillera ce secteur proche de la voie romaine (voir GUILLOT, Antonin. La voie romaine Chalon-Langres (entre Chalon et Palleau). n°65/2005, pp. 1-20, Trois Rivières n° 65/1972).

9  SEYER, Claude, opus cité.

10 SEYER, Claude, opus cité.

11 Auparavant, le gaz russe était livré à la frontière franco-belge (Taisnières-sur-Hon) par voie d’échange avec d’autres pays européens.

12 Finalement, la chute du shah d’Iran en janvier 1979 compromettra cet accord.

13 L’explosion de la raffinerie de Feyzin, au sud de Lyon, le 4 janvier 1966 (4 morts et 88 blessés) a largement contribué au renforcement des mesures de sécurité.

14 Les travaux permettront de nouvelles prospections archéologiques (voir GUILLOT, Antonin. Trouvailles fortuites autour de la tranchée GDF et à Allerey. n° 15/1979, pp. 12-13).

15 Le terminal méthanier de Dunkerque destiné à la livraison de gaz liquéfié sera construit en 2017.

16 La CRE est l’autorité administrative indépendante chargée de veiller au bon fonctionnement des marchés de l’électricité et du gaz en France.

17 Ministère de l’Environnement, Bilan énergétique de la France pour 2015 (www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr).

18 Transport Infrastructures Gaz France.

19 Bracelet formé de plusieurs anneaux.

20 Le Palleautin n° 31, janvier 2017.

21 Rapport de la commission d’enquête publique menée du 15 juin au 15 juillet 2015.

22 Plein gaz sur le Val de Saône, Le JSL édition de Chalon, 23 avril 2016.

23 Les travaux du parc naturel débuteront en septembre 2017, Le JSL édition de Chalon, 29 décembre 2016.

24 Coût total du programme « Val de Saône » : 700 M€ dont 520 pour la canalisation.

25 11 000 tubes de 17 m seront utilisés pour la totalité du parcours de l’Arc Val de Saône.

26 Gazoduc Val de Saône : du boulot dans les tuyaux, Le JSL édition de Louhans, 5 octobre 2016.

27 Le gazoduc : une opportunité pour l’économie locale, Le JSL édition de Chalon, 17 mai 2017.

La légende de la mare de Pussey

“Comme il serait intéressant de recueillir toutes les légendes attachées aux vieilles ruines ! Les archéologues y trouveraient parfois leur compte, car ces récits, venus souvent du tréfonds des siècles, ont greffé des mythes sur des réalités. Le fabuleux est, comme le lierre et les ronces, inséparables des vestiges de pierre”
(H.P. Eydoux, Lumières sur la Gaule, p. 312)

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